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SWAPS nº 20

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Culture

De la (re)découverte de l'usage des plantes hallucinogènes

par Jimmy Kempfer

Les listes de produits classés comme stupéfiants sont de plus en plus longues. De nouvelles molécules stimulantes ou hallucinogènes apparaissent chaque jour. Les ressources et l'ingéniosité des chimistes et des trafiquants semblent inépuisables. Pourtant, une autre tendance s'amorce depuis quelques années: le recours à des substances naturelles. Voilà quelques semaines une étude sur la consommation de drogues par les jeunes* révélà, ô surprise, que les champignons hallucinogènes étaient le troisième produit le plus consommé, après le cannabis et les médicaments psychotropes.

Les champignons hallucinogènes

Dans certains milieux, la mode est indéniablement aux produits naturels et la tendance à l'autoproduction et l'engouement de certains pour l'exploration des états de conscience modifiés au moyen des hallucinogènes correspond à une forme de loisirs. Au vu de la consommation estimée, relativement peu de gens consultent dans les centres spécialisés pour des problèmes liés à l'usage de champignons hallucinogènes tels que les psilocybes. Leur vente, libre dans les "Smart shops" hollandaises, est généralement accompagnée des conseils et précautions et d'usage.
Ailleurs, ceux qui vont les cueillir dans la nature en automne savent, en général, les reconnaître et connaissent les règles de prudence. De plus, leur usage occasionnel, dans un cadre naturel et apaisant, se passe, le plus souvent, sans accident notable contrairement au LSD dont les effets sont plus violents. L'usage des champignons hallucinogènes n'est pas un réel problème de santé publique. Mais il ne faudrait pas que des personnes trop jeunes, psychologiquement fragiles, ou non-préparées fassent ce genre d'expérience.

Solanacées, plantes à DMT, Salvia….

Parallèlement à cette pratique, dont l'importance semble étonner tout le monde, il en est d'autres, rarement documentées, qui peuvent avoir des conséquences beaucoup plus inquiétantes. Ainsi, il n'est pas rare, surtout en province, de rencontrer des jeunes ayant expérimenté des solanacées comme la datura, la belladone et même la jusquiame. La plupart ne renouvelleront sans doute jamais cette expérience qui leur aura laissé un très mauvais souvenir, si elle ne les a pas conduits à l'hôpital psychiatrique …ou au cimetière . D'autres, plus industrieux, se procurent des graines puis cultivent des plantes contenant du DMT, telles que la phalaris aquatiqua qui pousse dans tout le bassin méditerranéen ou des variétés de mimosa ou même de virola dont ils associent les extraits avec des IMAO**. Ainsi, sur les forums de discussion spécialisés, certains relatent des expériences d'une redoutable intensité avec la Salvia Divinorum qui n'était connue jusqu'à peu que dans une seule vallée du Mexique. De plus en plus de jeunes "néochamanes" urbains ont leur petite plantation de cactus à mescaline tels que les San Pedro ou le peyotl dont ils "boostent" la teneur en alcaloïdes grâce à des injections de L dopa ou de tyramine. D'autres encore bricolent un succédané de LSD avec les graines de certains liserons….
Pour contribuer à la compréhension de ces phénomènes, deux ouvrages extrêmement complets et on ne peut plus complémentaires au sujet de ces usages, viennent de sortir.

Les plantes des Dieux

Une réédtion enrichie des "Plantes des Dieux" par R. E. Shultes, fondateur de l'ethnobotanique et Albert Hofmann, l'inventeur et expérimentateur du LSD et de nombreux autres hallucinogènes. Plus de deux cents pages merveilleusement illustrées sur les secrets des sorcières, les consommations rituelles des Indiens des deux Amériques, les pratiques chamaniques, et les usages récréatifs à travers la planète. Si ce document unique ravira les apprentis sorciers et autres exégètes en substances psychoactives, il répertorie également de nombreuses plantes et substances qui gagneraient sans doute à être étudiées plus attentivement. Ainsi, le fameux kratom dont les Thaïlandais décrivent les effets à la fois stimulants comme la cocaïne et dépresseurs comme la morphine. "C'est comme si l'on fumait de l'opium en mâchant de la cocaïne" témoigne un usager. En Malaisie, on utilise le kratom comme substitut de l'opium.
Une plongée fantastique au cœur du monde végétal mais également dans le temps, à travers un luxe de détails sur les pratiques de nos ancêtres. Eclairées par la compréhension de l'usage des plantes hallucinogènes, les anciennes mythologies prennent tout à coup une dimension extrêmement familière. Ce livre, par ailleurs, contribuera peut-être à sauvegarder les fantastiques connaissances en matière de plantes des derniers peuples dits"sauvages" de la planète. Toutes les plantes psychoactives et leurs principes actifs sont répertoriés avec luxe de détails quant à leurs effets. Complèté par une classification claire, ainsi que de nombreuses descriptions détaillées et modes d'emplois illustrés par des centaines de magnifiques planches et photos, ce livre n'a pas d'équivalent en France. Signalons la collaboration de Christian Rätsch, prodigieux ethnopharmacologue dont l'ouvrage "Enzyklopädie der psychoaktiven Pflanzen" est LE monument du genre .

TRIPS

Autre ouvrage qui fera date, "TRIPS", ou "Comment les hallucinogènes agissent dans votre cerveau", de Cheryl Pellerin est le fruit du travail d'une scientifique "rebelle" qui a réussi la performance de rendre intelligible le langage des neurobiologistes. Grâce à de très nombreux schémas et aux dessins de Crumb qui illustre chaque paragraphe avec une malicieuse maestria, la biologie molléculaire n'aura plus de secrets pour le commun des mortels qui comprend enfin ce qui se passe au niveau des neurones quand les très nombreuses substances hallucinogènes -dont il est question dans l'ouvrage précédent- interfèrent avec les circuits neuronaux. Au-delà de l'immense somme de connaissances digérées par l'auteur, c'est le ton et l'ambiance de l'ouvrage qui marqueront le lecteur: impertinent, provocateur, simple, tout en étant très sérieux. Les usagers pourront enfin expliquer aux psychiatres ce qui se passe quand ils sont sous les effets des produits.
Cerise sur le gâteau, l'ouvrage est complèté par une annexe de plusieurs dizaines de pages qui référencient des centaines de sites internet, magazines, recherches, des plus officiels aux plus alternatifs, en passant par les somptueux et autres encyclopédiques : lycaeum.org, erowid.org, hyperreal.org….
Un tremplin pour les espaces psychocybernétiques après l'exploration des espaces intérieurs.

* Espad, Escapad ??
** Inhibiteurs de la monoamine oxydase

Les deux ouvrages "LES PLANTES DES DIEUX" et "TRIPS" sont édités aux éditions du Lezard pour 195F