Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


Recherche dans SWAPS avec google
   

SWAPS nº 1

vers sommaire

Etat des lieux : De la vulnérabilité des jeunes toxicomanes

Interview du Dr Anne Vellay

En dépit de l'émergence tardive d'une prise en charge globale de la santé des usagers de drogues dont attestent entre autres, l'accès aux programmes de substitution, l'ouvertures des centres de soins spécifiques et la mise en place d'une politique de réduction des risques, les jeunes toxicomanes demeurent une popilation particulièrement vulnérable (voir l'analyse du risque VIH par Serge Hefez). Par leurs comportements, quantitativement  inconnus, les adolescents et les jeunes toxicos sont confrontés, lors des premiers ébats initiatiques, aux risques des nouvelles drogues (lire l'expérience de prévention au sein des "Raves"), aux polytoxicomanies et plus encore aux diverses contaminations virales (VIH, hépatites B et C). En dépit d'une morbidité prévisible, le jeune usager échappe au système de soins et en premier lieu à la sentinelle que constitue le médecin généraliste, comme le confirme Anne Vellay du Réseau Ville-Hôpital Paris Rives Gauche*.

*119 rue d'Alésia. Tél : 01.45.45.30.90
Swaps : Qui sont les usagers de drogues qui viennent frapper à votre porte? Des jeunes ou des patients qui ont déjà derrière eux de longues années de galère?
Anne Vellay : La plupart d'entre-eux nous sont adressés par la coordination technique du réseau Ville-Hôpital Paris Rive Gauche ou le numéro du réseau leur a été fourni par des copans, par Drogue Info Service, ou par un centre spécialisé. Nous sommes une centaine de médecins dont, une cinquantaine de médecins prescripteurs de médicaments de substitution, à suivre ainsi 710 usagers de drogues. La moyenne d'âge des toxicomanes que nous suivons tourne autour de 30-35 ans. Ils ont en général cinq années et plus de toxicomanie derrière eux (polytoxicomanie, héroïne, cocaïne, benzodiazépine, alcool,...). Les usagers jeunes, nous ne les voyons prariquement pas.
Swaps : Est-ce que la question de l'usage de drogues est posée aux adolescents venant pour une autre indication ?
Anne Vellay : Je ne peux que parler en mon nom. Il me parait indispensable d'utiliser au mieux les consultations pour parler de l'usage des drogues, comme de la séxualité et des pratiques à risque en général. Pour les filles, la demande d'une contraception permet souvent cette discussion. Pour les garçons comme pour les filles, la pratique généralisée de la vaccination contre l'hépatite B semble aussi un moment propice pour poser des questions. A chacun de trouver son moment, mais la consultation de médecine générale est surement un lieu privilégié pour aborder ces problèmes, en particulier parce que le médecin généraliste, médecin de terrain, connaît souvent la famille, l'entourage, les conditions de vie des patients.
Swaps : Malgré une situation sanitaire préoccupante, les jeunes usagers de drogues sont une population gnorée des structures médicales. Quel rôle peut jouer le médecin généraliste pour établir le contact avec cette population.
Anne Vellay : Les très jeunes consultent peu dans notre cabinet. Quand ils sont suivis, ils le sont plutôt dans les dispensaires, surtout s'ils appartiennent à des milieux défavorisés. Nous les voyons parfois en urgence pour un problème infectieux mais la consultation est peu propice à une discussion, surtout quand celle-ci se déroule en présence d'un parent.
Par contre, nous pouvons les toucher par le biais de leurs frères et soeurs, souvent toxicomanes et touchés par le VIH, que nous suivons régulièrement ici. Ceux-là peuvent avoir auprès des plus jeunes une attitude de prévention, en particulier dans les grands ensembles. Un autre moyen de les aborder est de participer comme médecin "traitant" à des réunions organisées par les associations de quartier, de familles de patients toxicomanes et séropositifs au VIH et aux hépatites, en sensibilisant les adultes, les frères et soeurs et les plus jeunes. Pour cela, il faut aller au devant d'eux.