Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


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SWAPS nº 1

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Culture

"Rave-parties" et réduction des risques

par Johanna Maillet

Techno-plus est une association culturelle regroupant des ravers, la plupart des usagers de drogues et d'ecstasy en particulier. Créée en 1994 et opérationnelle depuis un an, l'association a engendrée un groupe d'auto-support des usagers de drogues dont le but, notamment lors d'interventions dans les rave-parties, est de pallier le manque de connaissances liées à la consommation d'ecstasy et ainsi limiter les risques sans pour autant imposer une quelconque proscription.

L'intervention du groupe dans les raves s'organise autour d'un stand Techno-plus et d'une équipe d'intervention regroupant une dizaine de personnes dont une infirmière.
Dans la pratique, la nécessité d'une intervention médicale est très rare et l'idée première -la présence d'un médecin dans les raves- a été rapidement abandonnée. En effet, en un an et ce sur plusieurs dizaines d'interventions, le groupe n'a dû organiser la prise en charge que de deux personnes par le SAMU, à chaque fois pour des convulsions.
En fait, l'expérience a montré que les accidents graves surviennent le plus souvent chez les personnes méconnaissant les substances qu'elles consomment. Techno-plus diffuse donc des informations simples et pratiques à côté d'informations d'ordre médical sur les contre-indications de l'ecstasy. (voir conseils)

Il faut savoir qu'en France, l'ecstasy, à l'état pur, est pratiquement inexistante. Il s'agit le plus souvent d'emphétamines, en général mélangées à du MDMA. On y trouve divers autres produits de coupe, la strychnine par exemple ou la kétamine.
Au cours de ses interventions, le groupe a testé des produits circulants et a constaté que dans 20 cas sur 21, le produit proposé n'était pas pur. La mauvaise qualité des produits qui circulent est une des causes majeures des problèmes liés à l'ecstasy.

Retour sur terre

Le plus grand risque associé à la consommation de ce produit est l'épisode dépressif, consécutif à la redescente, qui peut parfois s'installer de manière durable à la suite d'une consommation régulière et rapprochée d'ecstasy (à titre d'exemple, un cachet tous les week-end pendant plusieurs mois).
En fait, presque tout le monde éprouve un passage à vide après avoir pris un ecstasy; ce phénomène porte même un nom: le "troisième jour" ou le "mardi". C'est en général un jour où l'on est fatigué, parfois irritable ou triste.
Selon la pertsonne ou le moment, ça peut être vraiment pénible ou au contraire passer complètement inaperçu. Pour la grande majorité, c'est bref et passager. Malheureusement, pour quelques autres, c'est le début d'un épisode de dépression sévère pouvant durer plusieurs mois. Dans ce cas, l'ecstasy aura joué le rôle de révélateur de problèmes psychologiques latents.

L'autre type important de problèmes rencontrés est lié au bad-trip, c'est-à-dire à la perte de contrôle de soi engendrée par l'ivresse que suscite le psychotrope, laquelle peut être vécue comme une expérience angoissante ou même un cauchemar.
Plus le bad-trip s'installe et dure, plus la personne risque d'être marquée par cette expérience et d'en garder une cicatrice psychologique.
Il est possible d'avoir, à la suite d'un tel épisode, des crises d'angoisse, des crises de panique, une phobie, des bouffées délirantes, une psychose chronique. Ces problèmes sont rares. Ils sont plus fréquents avec le LSD qu'avec l'ecstasy et concernent la plus souvent des gens qui se sont retrouvés seuls et n'ont pas réussis à stopper le processus. Il est, en effet, tout à fait possible d'enrayer un bad-trip. Le groupe s'y attache en repérant les gens seuls ou les personnes qui semblent aller mal ou ne pas pouvoir se maîtriser. Une présence, quelques paroles rassurantes, une épaule chaleureuse suffisent presque toujours à rétablir une histoire qui tournait mal.

Au total, les problèmes liés à l'usage de l'ecstasy sont rares et des précautions simples permettent de les limiter. Les problèmes moins graves, plus fréquents, sont essentiellement le fait d'un manque d'information susceptible d'engendrer des effets de surprise non contrôlés. L'expérience des stands tenus par des membres de l'association dans les raves a démontré à quel point l'information sur l'ecstasy et le LSD était accueilli avec beaucoup d'intérêt et avait une efficacité certaine.

Les "ravesparties" sont des rassemblements comptant quelques centaines ou milliers de participants -les "ravers"-, tous venus danser sur de la musique Techno. La recherche d'un état de transe explique le fait que l'ecstasy et toutes les substances hallucinogènes soient les psychotropes de prédilection de cette culture.

Pour en savoir plus, vient de paraître :

Raver
par Astrid Fontaine et Caroline Fontana
Poche Ethnosociologie

L'ecstasy ou MDMA (méthylène-dioxy-méthamphétamine) breveté en 1914 en tant qu'anoréxygène (coupe-faim) a été étudié pour son action sur l'humeur. Son utilisation thérapeutique fut limitée dans le temps (de 1960 à 1973). Interdit aux Etats-Unis, en mai 1985, en raison de sa neuro-toxicité, il est classé en France parmi les stupéfiants sans usage thérapeutique.

Quelques "précautions d'emploi pour limiter les risques" diffusés auprès des ravers par Techno-plus :

  1. le MDMA est un produit contre-indiqué en cas de troubles du rythme cardiaque, d'épilepsie, de problèmes psychiatriques, d'insuffisance rénale, d'asthme ou d'asthénie.
  2. N'achète pas n'importe quoi à n'importe qui.
  3. Ne mélange pas le MDMA avec d'autres substances, en particulier l'alcool.
  4. Ne répète pas l'expérience avant plusieurs semaines.
  5. Ne gobe pas plusieurs exta dans une même soirée (hypertermie, troubles cardio-vasculaires...). Moins on en prend, plus on apprécie ses effets.
  6. N'absorbe l'extasie que par voie orale.
  7. Porte des vêtements amples (pas de bonnets).
  8. Bois de l'eau régulièrement.
  9. Evite d'avoir l'estomac plein (nausées, digestion difficile).
  10. Lors de la descente, mange des produits vitaminés et sucrés (fruits,...).