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SWAPS nº 1

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Feed-back : La parole d'un usager

Etat de manque

par Jimmy Kempfer

La méthadone n'accroche pas plus que l'héroïne, elle accroche différemment. Le manque de méthadone comme celui d'héroÏne laisse des souvenirs douloureux. L'auteur des lignes suivantes, usager de drogues depuis plus de vingt ans, lui-même substitué à laméthadone depuis huit ans, en expose ici les symptomes.

Contrairement à l'héroïne, pour laquelle le manque se manifeste huit heures environ après la dernière prise, avec la méthadone les symptomes apparaissent lentement, au bout de 25 à 30 heures, et sont supportables jusqu'à 36/48 heures suivant les personnes.
Progressivement un mal-être diffus s'installe. L'énergie vitale vous quitte doucement, au fur et à mesure que le malaise vous envahit. L'organisme est une enveloppe qui se vide doucement. Chaque mouvement devient plus pénible, plus fatigant et plus douloureux. Puis vient cette sensation très particulière d'avoir froid à l'intérieur des os avec l'impression que le produit avait très profondément imprégné chaque cellule du corps.
Un immense désespoir s'installe peu à peu. Si, avec le manque d'héroïne, une amélioration apparait au bout de quatre ou cinq jours, avec la méthadone, le syndrome persiste jusqu'à dix jours, dix jours sans dormir, dix jours où tout malaise est exacerbé, démultiplié. Dix jours qui n'en finissent plus, avec ces "singes" qui vous "rongent la nuque" -comme disent les américains- et ce sentiment d'impuissance, de révolte, de rage qui vous tenaille devant l'impossibilité ou le refus d'avoir un peu de ce produit qui pourrait mettre fin à vos souffrances lorsque le sevrage n'a pas été librement consenti.

La très longue durée de ces symptômes de sevrage, surtout si c'est la première fois que la personne est en manque de méthadone et que son dosage était élevé (60mg et plus), accentue beaucoup la dépression, l'immense fatigue et le sentiment de vide.
En outre, un sevrage brusque d'un haut dosage de méthadone peut provoquer des états délirants qui, parfois, nécessitent un traitement psychiatriques.

En revanche, les maux de reins, les diarrhées et les douleurs inhérentes au manque d'héroïne sont moins violents, même si, dans un premier temps, les effets résiduels des produits de coupages augmentent les symptômes douloureux. La personne, ensuite, récupère doucement.

Quelques remarques et indications

Ces considérations sont purement indicatives. Les besoins et le symptômes peuvent considérablement varier en fonction de l'état d'esprit, la santé, la sensibilité individuelle, l'ancienneté de la dépendance et de nombreux autres facteurs

Certains prétendent que la méthadone provoquerait au cours du traitement un état dépressif. Ce constat est erroné. En effet, ce n'est pas la méthadone en elle-même qui provoque ces prétendues dépressions ou qui incite à se défoncer au crack, mais la recherche du kick procuré par le shoot, le manque de motivation, l'ennui... et l'absence d'une prise en charge adaptée.

Il est important de signaler qu'une injection de Subutex® ou de Temgésic®, par dessus la méthadone, provoquera un syndrome de sevrage immédiat extrêmement violent. Les symptômes de manque apparaissent une à deux minutes après le shoot et sont très aigus. Particulièrement traumatisantes, car rien ne peut les soulager, ces expériences peuvent avoir des conséquences dramatiques (confusion totale, abus de benzodiazépines ou d'alcool, tentatives de suicide,...). La m^me chose se passe en cas de prise per os, mais commence progressivement quinze, vingt minutes après la prise de buprénorphine.

A noter les recommandations suivantes: