Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


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SWAPS nº 1

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Etat des lieux : De la vulnérabilité des jeunes toxicomanes

Une prévention et un système de soins inadaptés

par Serge Hefez

En dépit de l'émergence tardive d'une prise en charge globale de la santé des usagers de drogues dont attestent entre autres, l'accès aux programmes de substitution, l'ouvertures des centres de soins spécifiques et la mise en place d'une politique de réduction des risques, les jeunes toxicomanes demeurent une popilation particulièrement vulnérable (voir l'analyse du risque VIH par Serge Hefez). Par leurs comportements, quantitativement inconnus, les adolescents et les jeunes toxicos sont confrontés, lors des premiers ébats initiatiques, aux risques des nouvelles drogues (lire l'expérience de prévention au sein des "Raves"), aux polytoxicomanies et plus encore aux diverses contaminations virales (VIH, hépatites B et C). En dépit d'une morbidité prévisible, le jeune usager échappe au système de soins et en premier lieu à la sentinelle que constitue le médecin généraliste, comme le confirme Anne Vellay du Réseau Ville-Hôpital Paris Rives Gauche*.

*119 rue d'Alésia. Tél : 01.45.45.30.90

L'usage de drogues, chez les adolescents et les jeunes adultes*, est de plus en plus l'expression d'une crise sociale en même temps que d'une tentative d'élaborer une solution à celle-ci.

Lors de la dernière conférence internationale de Vancouver, une attention particulière a été portée aux adolescents, et en particuliers aux jeunes usagers de drogues intraveineuses. Des données extrêmement alarmantes, en matière de pratiques de réduction des risques, ont été établies et ce partout dans le monde. En effet, si les toxicomanes "âgés" ont notablement modifié leurs conduitesq, les moins de 25 ans (et en particulier les 16-19 ans) constituent une population à risque majeur de contamination, les premières pratiques d'injection étant tout particulièrement exposées. La polytoxicomanie occupe une place centrale dans le développement du sida et les prises de risques sont tout autant corrélées aux conduites sexuelles qu'aux pratiques d'usage de drogues.
En outre, l'importance de l'affiliation à un groupe de pairs (recomposition d'un groupe social) a été démontrée. La très forte dépendance au groupe, en particulier pour les jeunes SDF, conduit à des actes de solidarité tel que le partage de matériel d'injection.

Des chiffres inquiétants

Les données européennes sur les cas de sida comptabilisés par 44 pays pour le Centre européen de surveillance épidémiologique, chez les adolescents de 13 à 19 ans et les jeunes adultes de 20 à 29 ans**, indiquent que, 45,7% des hommes et 54,9% des femmes situés dans ces deux tranches d'âge ont eu connaissance de leur maladie entre 20 et 29 ans. Etant donné la latence entre la contamination et la déclaration de la maladie, beaucoup auraient été infectés durant l'adolescence, ce qui représente les taux de contamination les plus important au sein des jeunes de tous les groupes du même âge.

Cette augmentation rapide de l'incidence chez les individus nés entre 1965 et 1970 suggère que l'impact de l'épidémie va dépendre à présent de sa diffusion dans ces cohortes de jeunes; la transmission est cependant hétérogène selon l'année de naissance, une décroissance de celle-ci est suggérée chez les jeunes toxicomanes en France, en Italie et en Suisse et une croissance en Espagne et au Portugal.

Une étude française, menée auprès de presque trois mille usagers entrant dans des centres de réhabilitation résidenciels***, indique que, si la prévalence reste bien sur plus élevée chez les plus de 25 ans (27% contre 4%) et si la prévalence du VIH a chuté de 20 à 13% sur l'ensembles des sujets concernés, du second trimestre 1993 au premier semestre 1995, ce déclin n'est observé que dans les groupes au-dessus de 25 ans, particulièrement au-dessus de 35 ans.

Pour les auteurs, la diminution globale de la prévalence est en grande partie due à l'augmentation des décès liés au sida et la prévalence, malgré tout élevée chez les injecteurs récents, suggère que la transmission se poursuit dans cette popolation.

Aller vers les jeunes usagers

Depuis sacréation, le dispositif spécialisé en toxicamanie, de part sa conception même, ne s'est adressé qu'aux usagers anciens: pour qu'un toxicomane veuille s'en sortir, plusieurs années de "galères" sont nécessaires, la longue période festive de découverte des produits, de "lune de miel", s'accomode mal d'une demande d'abstinence. Les jeunes toxicomanes ont été rigoureusement absents des institutions, dont l'âge moyen de fréquentation avoisinait les trente ans. Bien plus, les nouveaux dispositifs mis en place, et particulièrement les unités méthadone, s'adressent au plus âgés d'entre eux, c'est-à-dire à ceux pour qui l'héroïne reste le produit principal, et qui ont derrière eux une longue trajectoire institutionnelle.

Les structures consacrées aux adolescents (clubs de prévention, Assistance éducative en milieu ouvert, etc.), confrontées quotidiennement aux comportements polytoxicomaniques de leurs usagers, souffrent d'une absence de relais spécialisés et se retrouvent bien démunies face aux problèmes de drogues.

L'épidémie de sida, en amenant les structures sanitaires vers les populations marginalisées, a rendu visible un phénomène qui, compte-tenu des conditions socioéconomiques, ne cesse de s'accroïtre.

Des initiatives visabt à apprendre aux jeunes à maîtriser certains usages et à éviter les conduites les plus dangeureuses sont aujourd'hui nécessaires. Certaines associations ciblées sur les "raves" ou, en Angleterre, en direction des jeune gays pratiquent ce type d'approche.

Cette spirale de l'exclusion des jeunes usagers, s'accompagnant de risques massifs de contamination par les virus du sida et des hépatites, doit inciter à soutenir toutes les initiatives permettant d'établir un contact avec les plus marginalisés dans un objectif affirmé de réduction des risques, à intensifier les processus de liaison avec le dispositif d'accueil existant et à soutenir les actions communautaires visant uhnje réintégration socioculturelle.

* les enquêtes nationales réalisées par l'Inserm indiquent que 5,4% des 11-19 ans ont pris une "drogue" au moins à une dizaine de reprises. Toutefois, ces études distinguent mal les usages festifs et récréatifs, des consommations "dures" de certains produits. Par ailleurs, elles ne semblent s'adresser qu'aux jeunes inscrits dans un processus d'insertion scolaire ou professionnelle. Cependant elles montrent bien l'étroite corrélation alccol-tabac-produit illicite qui augmente régulièrement avec l'âge des consommateurs. La consommation exclusive d'une drogue constituant un phénomène rare.
(Choquet M. et al, Drogues illicites et attitudes face au sida, Inserm U169. La documentation française 1991) -retour-
** Elford J. et al, Aids and infection with VIH among adolescent in Europe. (MOC1467, 11ème conférence internationale sur le sida. 7/12 juillet 1996, Vancouver) -retour-
*** Six C et al, HIV infection among injecting drug users entering residential rehabilitation centres in France. 5TUC2507, 11ème conférence internationale sur le sida. 7/12 juillet 1996, Vancouver) -retour-