Santé
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SWAPS nº 1

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Actions et activités des centres

Sous le soleil exactement

par Brigitte Reboulot

A la sortie de Nice, adossé à la colline,s'élève le Centre Hospitalier Spécialisé Sainte-Marie. C'est à l'intérieur de cet hôpital psychiatrique que s'est ouvert, en janvier 1996, le deuxième centre méthadone niçois

Depuis longtemps, le CHS Sainte-Marie accueillait une population d'usagers de drogues dans le cadre de thérapies de sevrage, soit parce qu'il s'agissait de patients hospitalisés pour des problèmes psychiatriques graves, soit dans le cadre de l'injonction thérapeutique. Cependant, au fil des ans, on a pu constater que ce sevrage se soldait par des échecs, les usagers étant sevrés à leur corps défendant. Le contrat proposé n'était pas acceptable et, donc, jamais respecté. Avec l'agrément de centre spécialisés conventionnés pour toxicomanes, le traitement de substitution a enrichi le dispositif médical, social et psychologique déjà existant.

Cet hôpital regroupe six unités sectorielles psychiatriques et un service deconsultations de médécine. Né de l'initiative d'un médecin de Santé Navale, il y a plus de vingt ans, ce service fonctionne en dehors des secteurs, sur un principe simple: assurer un suivi médical somatique pour tous les patients hospitalisés en psychiatrie. Parce que envoyer un patient psychiatrique en consultation à l'extérieur était souvent difficile et que réponse était trop souvent: "Nous n'avons pu réaliser l'examen parce que le malade n'était pas coopérant", ce médecin a choisi d'importer la médecine somatique à l'intérieur de l'hôpital pour ne pas exclure davantage, par des conditions sanitaires précaires, les patients psychiatriques. Insertion de la médecine du corps dans un hôpital de l'âme!

Substitution à l'hôpital

Un centre méthadone s'greffé récemment sur l'organisation du service de consultations existant. Le traitement de substitution n'est qu'un moyen supplémentaire de prise en charge des patients, voire même un prétexte pour leur offrir un accès aux soins. La spécificité du cnetre repose sur la possibilité de réaliser tous les examensmédicaux paracliniques -fibroscopie, échographies, radiographies, consultations ophtalmologiques, ORL, neuro, pneumo, gastro, etc.- et m^me des consultations dentaires et diététiques dans une m^me unité de lieu. Toutes les spécialités sont regroupées sur ce plateau technique dont les possibilités pourraient lui être enviées par nombre de CHU. On pratique même de courtes anesthésies générales et l'attaché en la matière est professeur des Universités!

Parce que les premiers entretiens, lors de l'ouverture du centre, ont révélé le besoin d'une assistance médicale et que le grand vide laissé par l'abandon de l'héroïne nécessitait le soutien d'une équipe pluridisciplinaire, une hospitalisation de quelques jours est systématiquement proposée pour démarrer le traitement de substitution. Mais il s'agit là d'une hospitalisation libre, sans "contrat".
Confortable pour l'équipe soignante, souvent utile pour le patient, cette hospitalisation est acceptée dans 25% des cas. La substitution permet parfois de découvrir des problèmes psychiatriques graves et peut alors tenir lieu de prétexte pour permettre leur prise en charge.

Depuis janvier 1996, 78 traitements par méthadone ont été initiés ici et 25 ont servi de relais pour des patients de passage sur la Côte d'Azur. Actuellement, 32 patients substitués sont suivis au centre, 34 à l'extérieur par des médecins généralistes. Spécificité des usagers ou influence identitaire de l'hôpital environnant, les fiches inserm de suivi, jugées sommaires, ont été complétées par des items de psychopathologie.

Des choix assumés

50% des usagers de drogues sous méthadone à Sainte-Marie sont séropositifs. Vis-à-vis de l'infrction à VIH, ils bénéficient tous d'un suivi médical et biologique -y compris de la charge virale VIH.
Si les prophylaxie des infections opportunistes sont prescrites systématiquement, l'attitude des mèdecins est cependant plus réservée quant aux thérapeutiques antirétrovirales.
Le Docteur Nègre explique cette attitude : "Devant le peu de publications scientifiques sur l'émergence éventuelle de résistances en cas d'arrêts répétitifs des traitements, on essaie de s'assurer d'abord de la compliance du patient par rapport à la méthadone avant de mettre en place une bi ou une trithérapie."

Pas de Subutex® au centre méthadone.
"Par nécessité, explique le docteur Nègre. Nous privilégions surtout le travail en réseau; les généralistes peuvent prescrire le Subutex® et prennent en charge ces patients là. Mais le fonctionnement est extrêmement souple et l'on accueille en consultation tous les patients adressés par les médecins des réseaux ville-hôpital qui peuvent bénéficier de notre plateau technique. Certains viennent chez nous juste pour se faire soigner les dents."
Ici comme ailleurs, on note de nombreuses reprises de la toxicomanie, et l'équipe se préoccupe de l'application par les usagers des règles de prévention. Ainsi pour l'équipe soignante "le méthadonien qui se reshoote éprouve la difficulté de se procurer des seringues du fait qu'il est reconnu comme patient du centre de soins et de substitution. Mais on maintient le refus de mettre à disposition du matériel d'injection".

Unité de lieu pour les patients, cohésion d'une équipe vers un même but et prise en charge globale d'un individu dans sa détresse morale et physique : autant d'atouts pour Sainte-Marie dans son engagement pour le traitement de substitution.