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SWAPS nº 14

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Pharmacien et réduction des risques: peut mieux faire

"La toxicomanie fait partie des choses dont le pharmacien doit s'occuper"

par Isabelle Célérier

Bernard Pénicaud, pharmacien à Niort

En quoi consiste l’échange de seringues en pharmacie?

Le département des Deux-Sèvres est un département pilote où l’échange de seringues en pharmacie se pratique depuis environ 4 ans.

Cette action est le fruit d’une vaste réflexion, de la rencontre et de la volonté de différents intervenants, DDASS, CPAM, syndicat des pharmaciens, associations (Aides 79), et institutionnels (élus locaux, Police, Justice...).

C’est le seul programme pilote du genre en France, c’est-à-dire d’échange de seringue en pharmacie, de la main à la main, sans distributeur ou autre.

Quels sont les objectifs de ce programme?

Réduire les risques infectieux et les risques de transmission (VIH, hépatites...) liés au partage des seringues, amener les toxicomanes dans une filière de soins et diminuer l’abandon de seringues souillées sur la voie publique ou dans les poubelles grâce à l’installation de collecteurs permettant de recevoir les kits usagés dans nos officines.

Comment cela se passe-t-il concrètement?

Chaque pharmacie volontaire est idéentifiée par un logo apposé sur sa vitrine. Nous travaillons avec un kit différent du Steribox®, un kit sur mesure avec 2 préservatifs, 2 seringues, de l’eau distillée... tout ce qu’il faut pour "shooter propre" sans aucun jugement de valeur.

Notre objectif n’est pas seulement de distribuer du matériel même si on sait très bien qu’une fois acheté, les toxicomanes n’ont qu’une envie: l’utiliser. Nous cherchons à créer le contact si les gens le souhaitent. Mais c’est tout un travail de fond.

La prise en charge de toxicomanes pose-t-elle des problèmes particuliers?

La mise en place du programme a été associée à toute une formation avec les intervenants en toxicomanie. Nous avons évoqué tous les problèmes afférents à ce genre d’initiative mais nous n’en avons pas eu de majeur, ni même de

mineur. Pour l’instant, cela s’est toujours bien passé.

Nous bénéficions également de tout un réseau de prise en charge, ce qui est très important car personne ne peut travailler seul dans ce domaine.

Les officines du département sont elles très impliquées?

Les Deux-Sèvres est un département rural qui compte environ 145 pharmacies. Une trentaine d’entre elles sont actives dans le programme et 70 autres se sont déclarées "interessées" mais n‘ont en fait pas de demande.

On est à la campagne et en province, ce n’est donc pas le même contexte que dans une banlieue difficile. Et c’est peut-être pour cela que les pharmaciens sont plus impliqués. Diluer les endroits permet de diluer les problèmes. Encore une fois, nous intervenons dans un contexte calme.

Pouvez-vous d’ores et déjà évaluer les effets de ce programme?

Non. Nous venons de lancer une phase d’audit pour évaluer ses effets sur la réduction des risques qui est difficile à matérialiser. On sait mesurer le quantitatif (combien de seringues sont données et récupérées) mais beaucoup moins le qualitatif et les effets relationnels, comme l’orientation vers une structure de prise en charge.

Sur les kits spécifiques, nous n’avons, par exemple, que les retours des associations comme Aides. D’où l’importance de cette phase d’audit pour avoir les retours directs des usagers.

Pourquoi avoir choisi de pratiquer l’échange de seringues?

Sans doute pour des raisons très personnelles et anciennes mais aussi parce que je reste persuadé de l’importance de notre rôle de personnel de santé de proximité. La toxicomanie fait partie des choses dont le pharmacien doit s’occuper, au même titre que le diabète.

Propos recueillis par ISABELLE CELERIER