Santé
Réduction des Risques
Usages de Drogues


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SWAPS nº 12

vers sommaire

Note de lecture

Les 15-19 ans et l'usage de drogues

par Isabelle Grémy

Afin d'appuyer la mise en œuvre et le suivi de ses actions nationales dans le domaine de la promotion pour la santé, le Comité Français d'Education pour la Santé (CFES) a élaboré un dispositif d'enquêtes périodiques : les « baromètres santé ». Ces études mesurent régulièrement la perception des personnes interrogées sur différents domaines touchant à la santé. Pour la première fois, en fin 1997, un baromètre « santé-jeunes » a été réalisé auprès d'un échantillon aléatoire de 4500 jeunes de 11 à 19 ans tirés au sort par téléphone.

L’objectif de cette enquête (1) est de mieux appréhender les différents domaines de la santé tels qu’ils sont perçus par les jeunes eux-mêmes, afin d’adapter les outils et les stratégies de prévention à leur égard.

Les thèmes abordés par le questionnaire sont très variés et concernent aussi bien les " styles de vie " (loisirs, temps de sommeil et exercice physique) que la sociabilité (relation avec les parents, amis et pairs), la capacité à faire face aux difficultés, la scolarité, les consommations de soins et de médicaments, les consommations de tabac, d'alcool et de drogues illicites, la nutrition, les accidents, le profil général de la santé, le suicide ou la sexualité. Certains des thèmes les plus sensibles comme la sexualité, le suicide ou la consommation de drogues illicites n'ont concerné que les jeunes de 15 ans et plus.

Une partie de l’étude intitulée " Les consommations de substances psychotropes " est composée de quatre chapitres concernant le tabac, l'alcool, les drogues illicites et enfin d’un chapitre analysant les consommations conjointes de psychotropes, notamment les associations tabac, alcool et drogues illicites. Seuls les résultats concernant la consommation de drogues illicites et les " polyconsommations " d'alcool, tabac et drogue illicites seront abordés ici et ne porteront donc que sur les 2675 jeunes de la tranche d’âge des 15 à 19 ans (2).

Proportion de jeunes à qui on a proposé de la drogue (illicite)

Près de la moitié des jeunes de 15 à 19 ans se sont vus proposer de la drogue, essentiellement du cannabis. En effet, 49 % des 15-19 ans déclarent qu'on leur a déjà proposé de la drogue, 48 % du cannabis et 7 % une autre drogue. Les garçons sont plus souvent sollicités, de même que les adolescents les plus âgés. Plus de la moitié (54,9 %) des jeunes qui se sont vus proposer de la drogue déclarent en avoir consommé.

Consommation de drogue : expérimentation et consommation régulière

Un peu plus d’un quart des jeunes âgés de 15-19 ans (28,3 %) déclarent avoir expérimenté une drogue au cours de leur vie, du cannabis dans 99 % des cas. Une très faible proportion (moins de 3 %) ont expérimenté en plus du cannabis une autre drogue, notamment des hallucinogènes (1,1 %) ou de l’ecstasy (0,9 %), l'expérimentation de d'héroïne restant, semble-t-il, très exceptionnelle (0,1 %).

La moitié des expérimentateurs de cannabis en ont consommé 10 fois ou plus, ce qui correspond à 14,2 % de l’échantillon total des 15-19 ans.

Beaucoup plus de garçons que de filles (32,7 % contre 23,5 %) déclarent avoir consommé du cannabis. La fréquence de l’expérimentation augmente logiquement avec l’âge : si 11,5 % des adolescents âgés de 15 ans en ont déjà consommé au cours de leur vie, ils sont 41,8 % à 19 ans. La proportion des jeunes ayant expérimenté l'usage du cannabis est d'autant plus importante que la zone d'habitat est peuplée. Plus la catégorie socioprofessionnelle des parents est élevée, plus le pourcentage d'expérimentateurs est important : un peu moins de la moitié (40,7 %) des jeunes dont le chef de famille est cadre ou exerce une profession intellectuelle supérieure ont consommé au cours de la vie du cannabis, alors qu'un jeune de famille ouvrière sur cinq (19,6 %) est dans ce cas. Les jeunes vivant avec leurs deux parents déclarent une moindre consommation de cannabis au cours de la vie que les autres adolescents. Les trois quarts des expérimentateurs (74,7 %) déclarent fumer, même de temps en temps, du tabac. Parmi les expérimentateurs de cannabis, plus de la moitié (57,7 %) indiquent avoir bu au moins une fois par semaine au cours de la dernière année contre 22,5 % chez les non-consommateurs de cannabis. De plus, 78,8 % des expérimentateurs de cannabis déclarent avoir été ivres au cours de leur vie contre 26,3 % de ceux qui affirment n’avoir jamais consommé de drogues illicites quelle qu’elles soient. En outre, par rapport à ceux qui indiquent n’en avoir jamais pris, ils rapportent moins d’activité physique, reconnaissent avoir davantage " fait quelque chose de risqué pour le plaisir ou par défi " et déclarent plus souvent avoir une petite amie.

Les parents et la consommation de leurs enfants selon les jeunes interrogés

Plus de la moitié (52,2 %) des parents interdisent à leurs enfants de consommer du cannabis. Cette attitude est d'autant plus marquée envers les filles, les jeunes adolescents, les enfants vivant avec leurs deux parents et chez ceux n'ayant pas expérimenté ce produit. Près des deux tiers des jeunes usagers de cannabis (62,3 %) qui déclarent avoir consommé, ne serait-ce qu’une fois une drogue, pensent qu'aucun de leurs parents ne connaît leur consommation.

Les polyexpérimentations et les polyconsommations régulières de substances psycho-actives : drogues illicites, alcool et tabac.

Ce chapitre est essentiel pour comprendre et définir les groupes de jeunes les plus susceptibles de tomber dans la dépendance. Toutefois son analyse est assez confuse, les critères de consommations régulières n’étant pas suffisamment affinés. On peut, cependant retenir :

Polyexpérimentation

A 15 ans, l’expérimentation d’alcool est la plus fréquente avec 77,3 %, puis vient le tabac avec 54,4 % et ensuite le cannabis avec 11,5 % de la consommation déclarée, le cannabis étant quasiment toujours expérimenté après l’initiation à l’alcool et surtout au tabac, sans doute en rapport avec la similitude des modes de consommation du tabac et du cannabis (inhalation). Ainsi, après ajustement avec le sexe et l’âge, les jeunes ayant expérimenté de l’alcool ont un risque 6 fois plus élevé de consommer du cannabis. Ce risque est multiplié par 18 après expérimentation du tabac.

Parmi les jeunes de 15 à 19 ans, 91, % ont expérimenté au moins l’un de ces trois produits. L'alcool est la substance psycho-active la plus " expérimentée ", 87,7 % des jeunes de 15 à 19 ans l’ont expérimentée, seul dans 25 % des cas ; 64 % et 28 % ont fumé respectivement au moins une fois du tabac et du cannabis.

S'ils sont encore 16,1 % à l’âge de 15 ans a n’avoir rien expérimenté, ni alcool, ni tabac, ni cannabis, ils sont moins de 4 % à 19 ans.

Polyconsommation régulière

Un jeune sur cinq entre 15 et 19 ans (21,6 %) a au moins une consommation régulière d’alcool, de tabac ou de cannabis. Ce qui signifie que dans cette tranche d’âge, les trois quarts des jeunes n’ont aucune consommation régulière. Pour 11 %, cette consommation régulière concerne l’alcool, soit seul pour 6 %, soit associé à une consommation régulière de tabac (1,1 %) ou à une consommation régulière de cannabis (2,1 %) soit des trois à la fois pour 1 %. La consommation régulière de tabac est isolée pour 4 %, associée au cannabis pour 2 % et, comme déjà mentionné, pour 1,1 % à l’alcool et 1 % pour les trois. La consommation régulière de cannabis est quant à elle isolée dans 6 % des cas.

On voit donc que l’alcool est non seulement le produit le plus fréquemment expérimenté mais aussi celui dont la consommation régulière est la plus précoce.

Enfin, les poly-consommations expérimentales et surtout celles qui sont régulières sont des phénomènes essentiellement masculins, elles s'accroissent logiquement avec l'âge et sont plus fréquentes chez les jeunes qui n'ont pas eu durant leur vie la présence de leurs deux parents. Contrairement à l'expérimentation du cannabis, plus fréquente chez les enfants issus de milieu socio-culturel élevé, les consommations régulières avec associations tabac/alcool, tabac/cannabis et tabac/alcool/cannabis semblent plus fréquentes chez les jeunes de famille en difficulté, dont notamment le chef de famille est au chômage.

Drogues "dures" faiblement représentées

Le fait d'inclure les chapitres " drogues illicites " dans une partie nommée " les consommations de substances psycho-actives " indique le désir, d'une part, d'inscrire la consommation ou l'expérimentation de ce que l'on appelle communément " drogues " dans le cadre des autres dépendances et, d'autre part, d'éviter l’utilisation du terme de " toxicomanie " face à la très grande diversité des usages quand il s'agit de substances illicites. Comme le remarque le rapport lui-même dans ce type d'enquête téléphonique en population générale, " si la consommation de tous les produits est abordée, il est indéniable que les substances dont l'usage engendre la plus grande dépendance ou la plus forte réprobation sociale (héroïne, cocaïne) sont très faiblement représentées au niveau des résultats ". Il est possible de supposer, d'une part, que la prévalence, pour ces produits, est très faible et, d'autre part, que certaines populations concernées ne sont pas facilement accessibles par des enquêtes téléphoniques. Bien évidemment, une sous-déclaration de ces substances est tout à fait possible.

Toutefois, par rapport aux précédentes enquêtes du " baromètre adultes " qui incluent des jeunes de 18 et 19 ans, tranches d'âge retrouvées dans le " baromètre jeunes ", la proportion d'expérimentateurs et de consommateurs de cannabis dans ces tranches d'âge croît de façon importante, suggérant une banalisation et une diffusion de la consommation de cannabis.

Usages en constante évolution

Cette enquête constitue un point de référence de la perception de la santé chez les jeunes dans un contexte où l'on perçoit que les attitudes et comportements, notamment en matière de consommations de substances psychoactives, sont en évolution et se diversifient. La taille importante de l'échantillon, la recherche de la méthode la plus adéquate (non détaillée ici), la répétition de ces enquêtes à intervalles réguliers, tous les trois ans, permettent de construire des analyses fines à un instant donné et de mettre en évidence des évolutions des différents aspects étudiés. Le recouvrement partiel de ces tranches d'âge (18 et 19 ans) entre " baromètre adultes " et " baromètre jeunes " établit un continuum d'âge particulièrement intéressant concernant les habitudes de consommations des substances psychoactives, puisque les questions sur l'expérimentation et les consommations au cours de la vie et des 12 derniers mois sont reprises dans le " baromètre adulte ". On ne peut qu'encourager les analyses conjointes qui prennent en compte l'ensemble des consommations de substances psychoactives incluant tabac et alcool tant les modes de consommations, leurs fréquences et les polyconsommations davantage que les produits eux-mêmes, sont, chez les jeunes, des facteurs prédictifs des conduites toxicomaniaques, même si ces analyses restent pour l'instant assez limitées et qu'une réflexion sur les indicateurs employés, notamment concernant la consommation dite " régulière " devrait être approfondie.



(1) Baromètre jeunes CFES de 1997/1998, Edition CFES sous la direction de Jacques Arènes, Marie-Pierre Janvrin et François Baudier.
(2) La consommation de médicaments psychotropes n'est pas abordée ici. Les médicaments psychotropes sont traités ailleurs dans l’enquête CFES dans le chapitre consommation de soins : 10 % des filles à 15 ans et 13 % à 19 ans ont consommé des médicaments contre l’anxiété au cours des 12 derniers jours, contre respectivement 5 % et 4,5 % des garçons. De même, 2,5 % des filles de 15 ans et 5,7 % des filles de 19 ans ont consommé des médicaments pour dormir au cours des 30 derniers jours, contre 1,4 % et 1,7 % des garçons.
Plusieurs réponses sont possibles, ce qui explique que la somme de 48 % et de 7 % soit supérieure à 49 %.
Définition :
L’expérimentation :

Pour l’alcool, le tabac et le cannabis, en avoir bu, fumé, consommé au moins une fois dans sa vie.
La consommation régulière :

Alcool : avoir bu plusieurs fois de l'alcool par semaine au cours des 12 derniers mois ; Tabac : fumer plus de 10 cigarettes par jours ; Cannabis : avoir consommé du cannabis dix fois et plus au cours des 12 derniers mois.