Santé
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SWAPS nº 11

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Actualité

Chacun cherche sa place

par Pierre Poloméni

: Le deuxième congrès national des réseaux ville-hôpital, des réseaux de santé et des réseaux de proximité (Lyon les 16 et 17 janvier derniers) s'est tenu dans un contexte particulier. En effet, le monde de la santé est en ébullition, les corporatismes s'agitent, les pouvoirs publics haussent le ton et la plupart des professionnels expriment crainte et désolation.

Les réseaux semblaient participer de cette déprime généralisée : certains refusent les moyens nécessaires à l’encadrement et la réglementation des dépenses de santé et de l’activité des professionnels ; d'autres se perdent dans les débats sans fin, terminologiques ou philosophiques. La crainte était grande de se retrouver à nouveau dans un no man's land où les vrais problèmes ne seraient pas posés, à savoir l’engagement à une modification des pratiques, quand elles sont rigides et obsolètes, en vue d’une amélioration authentique de la qualité des soins.

Heureuse surprise

Ce congrès organisé par la coordination nationale des réseaux (CNR) a apporté une surprenante bouffée d'oxygène et d'optimisme : de très nombreux réseaux représentés, des médecins, des infirmières, des pharmaciens, des élus, tous heureux de travailler dans un champ qui intègre à la fois une certaine philosophie de la médecine et les techniques de coordination et de communication les plus récentes. En face, ou parmi eux, tous les politiques pressentis étaient venus pour exprimer (avec parfois leur ambivalence), le désir de voir se développer ce mode de travail. " Doit-il être interstitiel ou substitutif ? ", question surprenante qui agita plus d'un congressiste ! Pour la formuler simplement, l’alternative est la suivante : s’agit-il de faire vivre les réseaux dans l'espace inoccupé qui sépare les grands systèmes ville et hôpital, afin d'améliorer les liens et la communication ou s’agit-il de donner, dans le contexte de la réforme en cours, une place nouvelle, voire prépondérante, à des réseaux qui finiraient par remplacer les différents axes publics et privés, le fonctionnement en réseau devenant alors la norme du soin ? Question fondamentale, souvent abordée, rarement résolue dans la mesure où de nombreux facteurs concernant les réseaux échappent aux soignants.

Toxicomanie

En matière de toxicomanie, les réseaux présents ont pu montrer l'étendue de leur travail et de leurs espoirs. Souvent constitués de militants de la première heure de la réduction des risques, les réseaux toxicomanie ont établi un peu partout en France des communautés de professionnels et d'usagers, prenant en compte aussi bien les traitements que la réinsertion et même la prévention de l'usage de psychotropes. Les médecins et les pharmaciens en première ligne ont signalé, bien avant que ce thème ne soit repris par l'actualité et les pouvoirs publics, l'importance des consommations d'alcool et de psychotropes chez les jeunes qui les consultent. Il n'est bien sûr pas possible en quelques lignes de faire un résumé correct de la trentaine d'ateliers qui ont réuni les professionnels pendant ces deux jours. Il nous semble cependant important de noter que beaucoup s'attendaient à une grand-messe fade et sans perspective. Les réseaux réunis par la CNR ont montré leur expérience, leur réalité dans le champ de la santé en France et leur capacité à évoluer et à construire. Deux points, toutefois, constituent des aspects-clés pour les années venir :

- le premier concerne l'évaluation. Quels types de bénéfices apporte un réseau au patient, au professionnel, à la santé publique, au budget de l'Etat ? A ce jour aucune évaluation ferme ne peut répondre à cette question.

- le seconde touche à l'évolution des pouvoirs publics et de la société française. Il est clair que des mutations profondes sont à l'ordre du jour. Ces mutations vont-elles engendrer un raidissement des uns et des autres sur des positions de plus en plus scientifiques, dans une démarche de qualité et d'expertise déshumanisée ? Le système de santé va-t-il respecter le paiement à l'acte dans sa réalité présente ? Les pouvoirs publics vont-ils modifier plus profondément l'organisation actuelle en introduisant des bénéfices financiers pour des professionnels intégrant la prévention, les relations entre la ville et l'hôpital, la coordination, la communication ? Dans quelle mesure le système de santé doit-il évoluer pour permettre ces adaptations ? Ces modifications en profondeur passent-elles par le salariat au lieu du paiement à l’acte, par la possibilité offerte aux professionnels de vivre en ville de l'hôpital et d'investir une part de leur temps dans la santé publique et la santé communautaire ? Ce n'est pas la moindre des qualités des réseaux aujourd'hui que de proposer directement, de par leur existence, une visualisation précise des enjeux de notre système de santé.