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SWAPS nº 10

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Actualité internationale

Le retour du G.I.

par Florence Arnold-Richez et Didier Touzeau

En juillet, le maire républicain de New York, Rudolph W. Giuliani est parti en croisade : plus de drogue aux drogués, plus de substitution mais de l'abstinence. En réponse, le médecin général Barry Mc Caffrey, conseiller de la Maison Blanche pour les questions de santé, a rétorqué : il n'y a pas assez de places dans les programmes méthadone, et, désormais, ces traitements de substitution devront être disponibles en médecine de ville !

Champ de bataille : le congrès annuel de l'A.M.T.A. (American Méthadone Treatment Association) qui s'est tenu à New York du 26 au 29 septembre dernier. Tonalité chaude des propos, vibrations des réelles angoisses professionnelles des chercheurs et des cliniciens new yorkais, au Marriott Marquis Hotel, pourtant situé au cœur de l'exubérante Broadway, ce n'est pas dans la chaleureuse ambiance d'une comédie musicale que l'on a joué mais dans l'ére glaciaire du énième avatar de la guerre à la drogue: Cependant, ce congrès a donné l'occasion à une réplique cinglante aux décalarations du maire de New York. Le Général Barry Mc Caffrey, surnommé par les professionnels le Tsar américain de la drogue (1), venu en grande pompe comme à chacune des manifestations sur la drogue aux Etats-Unis a été sans ambiguïté : " Le problème aujourd'hui n'est sûrement pas qu'il y ait trop de programmes méthadone, mais qu'il n'y en ait pas assez. Notre politique sociale est en faillite, et c'est cela que nous devons redresser. Les traitements méthadone permettent à 100 000 toxicomanes d'avoir la tête au-dessus de l'eau et d'être intégrés au monde de la production. Fermer des programmes méthadone c'est jeter ces personnes à la rue, les renvoyer à la drogue, à leur statut d'assistés. Avec le coût énorme que cela représente pour notre société, et la dégradation de sa sécurité . "

Contre-attaques

Prenant le contre-pied des propos de Rudolph W. Giuliani, il a donc plaidé pour l'extension de la délivrance de la méthadone, pour le moment coincée dans les cadres particulièrement contraignants des programmes des 900 cliniques estampillées par les autorités fédérales.

Aux Etats-Unis, le nombre des héroïnomanes dépasse largement les 500 000 (2), dont 250 000 vivent dans l'Etat de New York, ces derniers résidant majoritairement à l'intérieur même de la ville. 115.000 seulement reçoivent de la méthadone, dont à peu près 36 000 à New York. " Plus de 200 000 héroïnomanes new-yorkais ne reçoivent donc pas de traitement. Or, la ville elle-même ne finance qu'à hauteur de 7 % les dépenses de ces programmes ", protestait le Dr Mark W. Parrino, président de l'AMTA. Dans ces conditions, pourquoi hurler au gaspillage des deniers publics de la municipalité et " détruire un système qui marche ", contre-attaquait le Général.

Depuis longtemps, on connait l'évaluation positive de ces modes de soutien thérapeutique : ils permettent la stabilisation des patients, leur réinsertion sociale, diminuent leurs consommations de drogues licites et illicites, infléchissent les chiffres de la criminalité, et ceux des contaminations par les virus du sida et des hépatites... Pourquoi alors cette volonté subite du maire de New York de transférer les patients sous méthadone vers des cliniques qui recourent à d'autres thérapies de "réhabilitation", alors qu'au même moment son homologue de San Francisco demande au contraire au gouvernement fédéral l'autorisation pour les médecins de ville de dispenser ce traitement de substitution dans leurs cabinets ? Ordre moral oblige, ignorance, souci de se faire aimer des plus conservateurs, pour Giuliani, avec les traitements de substitution, " on substitue une dépendance à une autre, alors que les toxicomanes devraient apprendre par eux-mêmes à retrouver le droit chemin, sans la béquille d'une drogue! " . Air connu, sans grande consistance, si ce n'est qu'il met en musique une politique bien précise : celle du robinet des subventions que l'on ferme, des conventions que l'on ne signe plus et que l'on dénonce. Le Président de l'Association des Communautés Thérapeutiques de New York, Richard Pruss, s'en est ému (3) : " Vous devez revoir votre position sur ce point, a-t-il dit au preux Giuliani, car les programmes méthadone sont un moment important dans le parcours de soins des héroïnomanes. Ils sont même, pour certains d'entre eux, la meilleure façon d'atteindre leurs objectifs d'abandon de consommation de drogues, de réinsertion professionnelle, de recouvrement de l'indépendance, de la confiance en soi et du self-esteem et le moyen de cesser de commettre des actes délictueux. " Pour le médecin-général Mc Caffrey, l'heure est à la mise sur pied, tant repoussée au cours de ces dernières années (3), de programmes de dispensation de traitements de substitution par les médecins de ville. Pour le moment, on en est à la phase de réflexion, les budgets étant loin de suivre, même en filigrane, cette évolution. Reste aussi à vaincre de très nombreuses résistances, en particulier celles des cinq Etats qui interdisent l'usage de la méthadone (Montana, Dakota Sud, Mississippi, Vermont et Virginie Ouest), et à convaincre tous ceux, nombreux, pour qui traiter c'est déjà contrôler, avant que de soigner.


(1) In COMPA, Committee of Methadone Program Administrators, Inc. of New York State, Volume 14, Number 2, Fall 1998 : 250 Fifth Avenue, Suite 210. New-York, N.Y.10001.

(2) In regarding Methadone Treatment, a review of COMPA

(3) Les spécialistes de ces traitements aux Etats-Unis, sont curieux de la situation française, où, en quelques années, on est passé du presque-rien en matière de méthadone, à la dispensation du Subutex® par les médecins de ville à plus de 45 000 héroïnomanes.