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n°69 - automne 98


Nouvelles thérapies et comportements préventifs des homosexuels masculins

Anne Laporte
Réseau National de Santé Publique (Saint-Maurice)








L'optimisme suscité par l'effet clinique rapide des nouvelles associations thérapeutiques, ainsi que leur impact sur la détectabilité du virus dans le sang (et corrélativement dans les sécrétions sexuelles) entraîne des inquiétudes sur les possibilités de relâchement individuel de la prévention. Le comportement des homosexuels masculins a fait l'objet de nombreuses études pour mesurer cet impact.

Une analyse des données socio-épidémiologiques mondiales sur les changements de comportement met en évidence une augmentation des relations anales non protégées dans la cohorte des jeunes homosexuels de San Francisco de 37% en 1993-94 à 50% en 1996, dont la moitié avec des partenaires de statut sérologique inconnu; une augmentation des relations anales avec un partenaire occasionnel dans différentes études en Australie et, enfin, une stabilité des comportements dans certains pays d’Europe comme la France et le Royaume-Uni.

Une première communication a été présentée au symposium sur la prévention précédant le congrès (1). A partir d’une revue des études publiées ou présentées sur ce thème (2,3,4,5,6,7), l’auteur a tenté d’évaluer l’impact des traitements sur les comportements chez les homosexuels masculins.

Justification a posteriori

Les objectifs des études revues étaient de recueillir des informations sur la perception du risque, les connaissances, les croyances, les attitudes et les comportements dans le contexte des nouvelles thérapeutiques. Elles ont porté sur différentes populations : participants aux festivals gay pride, lecteurs de la presse gay, personnes séropositives consultant dans une clinique spécialisée, personnes participants à des cohortes de recherche. Le support des enquêtes reposait sur des auto-questionnaires ou des interviews approfondis.

Dans les différentes études, la grande majorité des répondants considéraient que le risque de transmission restait élevé malgré les nouveaux traitements, que le sida restait une maladie grave toujours incurable, qu’ils n’avaient pas l’intention de modifier leur stratégie de prévention. Seule une minorité d’hommes (moins de 20%) déclaraient avoir déjà modifié leur comportement en prenant plus de risques du fait des nouveaux traitements. Ces hommes pratiquaient plus souvent que les autres des relations anales non protégées avec des partenaires occasionnels. Un des auteurs des études revues proposait comme interprétation que les traitements constituaient pour ces hommes prenant des risques une nouvelle justification (heuristique) a posteriori pour expliquer leur comportement.

En conclusion, d’une part les données socio-épidémiologiques mettent en évidence une modification des comportements avant la mise à disposition de ces nouvelles thérapeutiques, d’autre part, les études revues montrent la difficulté de maintenir le safer sex sur le long terme, mais ne sont pas en faveur d’un effet direct des traitements sur les comportements de prévention. L’auteur de la revue a conclu en rappelant l’existence d’études ayant souligné la complexité des raisons individuelles, interactionelles et contextuelles des prises de risque et en insistant sur l’importance d’adapter les messages de prévention non seulement aux récentes modifications scientifiques de l’épidémie, mais aussi aux contextes sociologique et psychologique dans lesquels ces comportements prennent place.

Adapter les messages de prévention

Pendant la conférence, une cession (8) a été consacrée aux implications des nouveaux traitements au niveau individuel et à celui de la population. Quatre études ont été présentées (9,10,11,12) portant sur différents types de populations (voir tableau) et analysant l’impact de l’arrivée des nouveaux traitements sur les comportements. Ces études avaient les mêmes objectifs que celles publiées avant la conférence et, surtout, strictement les mêmes résultats. Seule une minorité d’hommes déclaraient être moins inquiets par rapport à l’infection et avoir modifié leur comportement. Ces hommes étaient aussi ceux qui rapportaient plus fréquemment des relations anales non protégées dans les 3 derniers mois. Si ces études n’ont pu montrer un lien direct entre l’existence de ces nouveaux traitements et des comportements sexuels à risque, certains auteurs restent cependant prudents sur l’avenir et recommandent une formation spécifique des acteurs de prévention sur les avancées scientifiques récentes et une adaptation des messages de prévention au niveau des contextes psychologique (optimisme, ère post-sida) et sociologique (difficultés de maintien du safer sex) de l’épidémie.

Homosexuels (type de population)

Abstract

Auteur, Pays

   

Séropositifs

641/23402

M. Bartos, Latrobe, Australie

Couples Sérodiscordants

643/14136

R.H. Riemen, New York, E-U

Lieux publics

14137

S. Murphy, Los Angeles, E-U

Comportements à risque

23130

J. Dilley, San Francisco, E-U

Clinique MST

644/23106

J. Elford, Londres, Royaume-Uni

Lecteurs de la presse gay

642/34107

P. Adam, Saint-Maurice, Fr/Sui



1. International HIV Symposium on HIV Prevention, Geneva, june 27, 28 1998, Impact of HAART on HIV prevention and surveillances activities.
2. Adam P. and the working group on the gay press survey, " Impact of new HIV therapies on prevention among french gay men. Preliminary results from the gay press survey 1997 ", New challenges for social and behavioural sciences- 2nd European conference on the methods and results of social and behavioral research on AIDS, Paris, 12-15 janvier 1998; abst. wo 1.1.
3. Dilley J.W. et al., " Are advances in treatment changing views about high-risk sex ? ", N Engl J Med, 1997, 337, 501-2.
4. Hickson F., " Are more British gay men taking treatment advances ? Data sexual HIV risks than were doing so four years ago because of from the gay Men’s Sex Survey at pride 97 ". Impact of new treatments on HIV prevention. London, 24th and 25th july, 1997.
5. Kalichman S.C. et al., " Post-exposure treatment for HIV infection in gay and bisexual men : implications for the future of HIV prevention ", Am J Preventive Med, august 1998.
6. Kippax S., " Changing pattern of sexual practices among homosexually active men : sustaining safe sex or relapse ? ", New challenges for social and behavioural sciences- 2nd European conference on the methods and results of social and behavioral research on AIDS. Paris, 12-15 janvier 1998; abst. Wo 21.3.
7. Kravcik S. et al., " The effect of protease inhibitor therapy and "undetectable" viral load on perceived risk of HIV transmission and need for safer sex practices ", 5th conference on retroviruses and opportunistic infections. Chicago, 1-5 february 1998; abst.187.
8. " Implications of new treatments at individual and population level ", Oral session D45.
9. Bartos M. et al., " Treatments, intimacy and disclosure in the sexual practice of HIV-infected adults in Australia ", 641/23402.
10. Adam P. et al., " HIV/AIDS preventive attitudes and behaviour of french and swiss gay men in the era of new treatments. A comparison of two national surveys ", 642/34107.
11. Remien R.H. et al., " HAART, attitudes, and risk behaviour among serodiscordant male couples ", 643/14136.
12. Bolding G. et al., " New therapies for HIV and sexual risk behaviour among gay men in London, UK ", 644/23106.