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n°132 - mars/avril 07

 


VHC – UDIV

Usage de drogue intraveineuse et risque de recontamination par le VHC

 

Tarik Asselah

Service d'hépatologie & INSERM CRB3, Hôpital Beaujon (Clichy)

 






Hepatitis C virus reinfection in injection drug
usersGrebely J., Conway B., Raffa J.D., Lai C., Krajden M., Tyndall M.W.
Hepatology, 2006, 44(5), 1139-45

Le nombre de personnes infectées par le virus de l'hépatite C (VHC) à travers le monde est estimé à 170 millions d'individus1. Environ 75% des nouveaux cas de contamination par le VHC sont associés à l'usage de drogue intraveineuse1. La prévalence du contage par le VHC chez les usagers de drogue varie de 60 à 90%, avec un passage à la chronicité de l'ordre de 80%1,2.

 

Récemment, les traitements de l’hépatite chronique C ont progressé et des études multicentriques ont montré que l’association interféron-pégylé et ribavirine permettait d’obtenir environ 60% de réponse virologique prolongée3-5. Certaines réserves ont été émises concernant le traitement de l’hépatite chronique C chez les usagers de drogue par voie intraveineuse en raison du risque de réinfection, faisant perdre le bénéfice du traitement.

Qu’en est-il du risque de réinfection ?

Des études chez le chimpanzé ont montré qu’une réinfection par le VHC (que ce soit par la même souche virale ou par une souche différente) est possible6. Chez l’homme, des réinfections par le VHC ont été rapportées chez des patients hémophiles ayant reçu de nombreuses transfusions7. Une observation a été rapportée d’une patiente qui, alors qu’elle était sous traitement pour une hépatite chronique C (infection par un génotype 1), a développé une seconde hépatite (génotype 3) après usage de drogue par voie intraveineuse, dont elle a finalement guéri8. Ainsi, chez des usagers de drogue intraveineuse, après guérison d’une hépatite aiguë C, une seconde infection peut survenir. Une étude précédente avait montré, sur une cohorte, que les patients ayant déjà éliminé le VHC spontanément avaient un risque plus faible de passage à la chronicité lorsqu’ils étaient exposés (usage de drogue) que ceux n’ayant jamais rencontré le VHC9.

Clairance spontanée et réinfection

Grebely et al. ont comparé le taux de réinfection par le VHC chez des patients ayant déjà éliminé le VHC spontanément avec les taux de primoinfection VHC chez des patients n’ayant jamais été en contact avec ce virus. Dans cette étude menée au Canada, sur une large cohorte de 3553 résidents (principalement des usagers de drogue), 926 patients n’ayant jamais contacté le VHC ont été identifiés (sérologie VHC négative et ARN du VHC indétectable) et 152 l’ayant spontanément éliminé (sérologie VHC positive et ARN du VHC indétectable). Sur un suivi médian de 5 années, la survenue d’une hépatite chronique C était moindre chez les personnes ayant déjà rencontré le VHC (14/152 ; 9,2%) que chez ceux n’ayant jamais rencontré le virus (172/926 ; 18,6%), avec une différence statistiquement significative. Le taux global d’éradication viral était de 23,1%, compatible avec les données de la littérature. Après une analyse ajustant sur les facteurs confondants, les patients ayant déjà éliminé le VHC spontanément avaient un taux de réinfection 4 fois moindre que ceux n’ayant jamais été en contact avec ce virus.
Il existe plusieurs hypothèses pour expliquer que les personnes ayant déjà spontanément éliminé le VHC ont un risque de réinfection moindre :
- Il existe vraisemblablement une "mémoire" immunitaire, et la réponse immune à une hépatite C antérieure peut être protectrice. La clairance virale est associée à une réponse immune CD4 et CD8 intense ;
- Il a été montré que certains polymorphismes du HLA (classe I et II) étaient associés à une éradication virale C spontanée10. Les personnes ayant déjà éliminé le virus appartiennent peut-être ainsi à un groupe avec des caractéristiques génétiques particulières associées à une plus grande clairance virale ;
- Enfin, il se peut que les personnes ayant déjà contracté le VHC et l’ayant éliminé prennent plus de précaution vis-à-vis des mesures d’hygiène et partagent moins leur matériel d’injection.

L’injection de drogues par voie intraveineuse est actuellement la principale source de contamination pour les nouveaux cas observés. Etant donné que la réinfection est possible, il est important d’éduquer les patients en les informant des risques. Les traitements sont de plus en plus efficaces. Le risque potentiel d’une rechute en toxicomanie et le risque d’une seconde infection par le VHC ne doivent pas être un argument pour ne pas traiter l’hépatite C dans cette population.



1 - Shepard CW, Finelli L, Alter MJ.
"Global epidemiology of hepatitis C virus infection"
Lancet Infect Dis, 2005, 5(9), 558-67
2 - Marcellin P, Asselah T, Boyer N.
"Fibrosis and disease progression in hepatitis C"
Hepatology, 2002, 36(5 Suppl 1), S47-56
3 - Manns MP, McHutchison JG, Gordon SC, et al.
"Peginterferon alfa-2b plus ribavirin compared with interferon alfa-2b plus ribavirin for initial treatment of chronic hepatitis C : a randomised trial"
Lancet, 2001, 358(9286), 958-65
4 - Fried MW, Shiffman ML, Reddy KR, et al.
"Peginterferon alfa-2a plus ribavirin for chronic hepatitis C virus infection"
N Engl J Med, 2002, 347(13), 975-82
5 - Hadziyannis SJ, Sette H Jr, Morgan TR, et al.
"Peginterferon-alpha2a and ribavirin combination therapy in chronic hepatitis C : a randomized study of treatment duration and ribavirin dose"
Ann Intern Med, 2004, 140(5), 346-55
6 - Farci P, Alter HJ, Govindarajan S, et al.
"Lack of protective immunity against reinfection with hepatitis C virus"
Science, 1992, 258(5079), 135-40
7 - Lai ME, Mazzoleni AP, Argiolu F, et al.
"Hepatitis C virus in multiple episodes of acute hepatitis in polytransfused thalassaemic children"
Lancet, 1994, 343(8894), 388-90
8 - Mehta SH, Cox A, Hoover DR, et al.
"Protection against persistence of hepatitis C"
Lancet, 2002, 359(9316), 1478-83
9 - Asselah T, Vidaud D, Doloy A, et al.
"Second infection with a different hepatitis C virus genotype in a intravenous drug user during interferon therapy"
Gut, 2003, 52(6), 900-2
10 - Asselah T, Bieche I, Paradis V, et al.
"Genetics, genomics, and proteomics : implications for the diagnosis and the treatment of chronic hepatitis C"
Semin Liver Dis, 2007, 27(1), 13-27