TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
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n°126 - février/mars 06

 


Edito n° 126

 

Mélanie Heard

PISTES

Gilles Pialoux








 

 

Tout récemment, l’OMS a clôturé le bilan de son initiative "3 by 5", avant de nommer Kevin de Cock à la tête de son département VIH. Un bilan difficile, en forme d’oxymore, entre la modestie imposée par un objectif numérique incontestablement manqué de moitié, et l’ambition renouvelée d’atteindre un accès universel aux antirétroviraux d’ici 2010.
Au-delà du slogan, "3 by 5", c’était l’objectif OMS de traiter en 2005 3 millions de personnes séropositives dans le monde, soit moins de la moitié de ceux qui en auraient un besoin vital.
Côté déception, les chiffres sont là : 1,3 million de personnes "seulement" sous traitement au Sud (mais 250000 à 300000 décès ainsi évités en 2005) ; 1800 enfants nés chaque jour avec le VIH, avec seulement 10% des femmes séropositives dans le monde qui reçoivent une prophylaxie ; sans compter l’accès insuffisant des usagers de drogues aux traitements en Europe orientale et en Asie centrale ; et, en Afrique subsaharienne, des traitements antirétroviraux qui ne concernent que 17% des personnes (810000) qui en ont réellement besoin. Un accès partiel qui soulève, de l’aveu même de l’OMS, autant de questions nouvelles : comment diminuer la mortalité observée les premiers mois de traitement dans certaines cohortes (> 15%) ? Quelles capacités de prescription et de suivi dans ces régions du monde où domine la carence en ressources humaines ? Comment lutter contre la déperdition des données ? Quelle équité dans l’accès aux ARV en attendant l’accès universel ? Comment suivre l’évolution des résistances, en Afrique notamment où le choix des molécules a plus été dicté par des contraintes économiques que par des considérations virologiques ? Comment envisager des traitement de deuxième ligne chez ces "pionniers" du traitement antirétroviral ? Comment s’assurer de la pérennité des financements internationaux pour une affection qui, au Sud aussi, peut tendre à la chronicité ?
Et pourtant, côté "optimisme", on souligne que le nombre de personnes sous traitement dans les pays en développement a plus que triplé depuis 2003, alors que 50000 personnes supplémentaires ont débuté un traitement chaque mois de l’année 2005. Dix-huit pays annoncent même avoir atteint leur objectif de traiter au moins la moitié des personnes séropositives ayant besoin d’antirétroviraux : Argentine, Botswana, Brésil, Chili, Costa Rica, Cuba, Salvador, Guyana, Jamaïque, Mexique, Namibie, Ouganda, Panama, Pérou, Pologne, Thaïlande, Uruguay et Venezuela.
La situation appelle bien sûr... un engagement exceptionnel. Devant l’abîme des questions qui se posent à nous, à court et plus encore à long terme, l’heure est à la recherche d’une efficience humble et lucide. Au-delà des dogmatismes et des schémas qui ont atteint leurs limites*.

*refrain