TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
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n°123 - septembre/octobre

 


Edito n°123

 

Gilles Pialoux


 








 

 

C’est une question insistante, particulièrement depuis la 15e Conférence internationale sur le sida à Bangkok : en irait-il des antirétroviraux en Afrique comme de la psychanalyse... - "si c’est pas payant, c’est pas efficace"?
Dans cette 123e livraison, Transcriptases revient sur ce débat par le biais d’une très attractive cohorte, ART-LINC, initiée en 2003 sur 3 continents et 18 pays en développement (voir l’article de Mélanie Heard). Une telle base de données est riche d’informations cruciales, et donne en particulier des arguments décisifs en faveur de l’accès gratuit aux traitements.
Le premier constat concerne le financement des programmes distribuant des antirétroviraux au Sud : seuls 39% des programmes de collaboration reçoivent un financement public ! Ce qui constitue une véritable alerte sur la pérennité des contributions privées et de l’accès aux soins. En filigrane, le risque d’un accroissement des inégalités sociales (Inverse equity hypothesis).
Par ailleurs, comme le suggéraient déjà depuis Bangkok les travaux initiés par l’ANRS, il sera désormais admis que la gratuité des traitements est corrélée à une moindre fréquence de dysobservance (risque relatif ajusté de 8,30 en comparant les perdus de vue chez les patients payant versus ne payant pas leur traitement). Qui plus est, la comparaison des données de survie dans ART-LINC et dans les cohortes des pays industrialisés montre des gains de CD4 et une baisse du taux de mortalité comparables entre Nord et Sud, ce qui fait entrevoir les perspectives de la gratuité des traitements antirétroviraux sous un autre jour.
On sait combien la lutte contre le sida a contraint la communauté internationale à revisiter l’état des lieux entre pays riches et pays pauvres, l’équilibre en public et privé, et, plus généralement, l’équité de l’économie mondiale.
Pour l’heure, le processus intermédiaire visant à déterminer la participation financière des patients à leur traitement en fonction de leurs ressources - s’il a pour principe une réelle équité - se heurte tout simplement à des problèmes de faisabilité, comme cela a été démontré au Sénégal au début des années 2000.
Reste que la gratuité et l’accès aux soins, comme gages d’efficience dans des pays en voie de développement, n’est pas un scoop. D’autres modèles de maladies infectieuses s’y sont collés. Peut-être alors serait-il temps d’en finir avec le statut d’exception de la lutte contre le sida, pour qu’elle rejoigne le rang des luttes actuelles et passées contre les grandes endémies : l’onchocercose, la trypanosomiase, la tuberculose et la lèpre ! Là où les ressources nécessaires à la dispensation des médicaments et au contrôle de la maladie étaient mobilisées sans participation financière des personnes atteintes.