TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
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n°121 - avril 05

 


Edito n° 121

 

Gilles Pialoux


 








 

 


Effectivement, les batailles se perdent souvent dans la précipitation ! A l’heure où la CROI 2005 – dont nous rendons compte plus amplement dans cette livraison de TranscriptaseS, comme convenu – consacre un peu plus les bases scientifiques de la quatrième famille d’antirétroviraux, les inhibiteurs du récepteur CCR5, une polémique s’est quelque peu éteinte en France avec le zap coloré d’Act Up-Paris au fronton du siège social des laboratoires Pfizer. Eteinte ? Tout au moins pour une partie des malades et des soignants français, puisque sur les six essais tant attendus dans nos hôpitaux, deux ont d’ores et déjà vécu, ailleurs qu’en France il s’entend.
Le premier, qui s’adressait aux personnes atteintes dites "naïves" de tout traitement antirétroviral, se fera "ailleurs" selon la décision du laboratoire; et le second, concernant les patients possédant plutôt l’autre récepteur (CXCR4), a "fait le plein, ailleurs". Le laboratoire s’est en effet effacé – c’est le moins que l’on puisse écrire – devant l’argumentaire des associations autour du thème "la sécurité des malades n’est pas à vendre". Il était en effet question de souligner le risque théorique encouru pas les patients les plus immunodéprimés avec ce type de molécule à l’efficacité non encore démontrée.

Pour ceux d’entre nous, soignant(e)s ou représentant(e)s des malades qui sommes aux postes de combat depuis l’avant-AZT, pour tous ceux qui ont vu partir des malades morts en colère dans l’attente des molécules nouvelles, l’affaire constitue un tournant majeur dans les rapports entre laboratoires, prescripteurs et associations de lutte contre le sida. Et qu’importe, finalement, que les arguments développés avec réalisme par le TRT5 soient identiques à ceux des experts de l’Afssaps ou du Conseil national du sida ? Car, en définitive, qui a perdu cette bataille ? Les associations ? Le(s) labo(s) ? L’Afssaps ? Ou plus prosaïquement les malades, qui pouvaient, certes dans un cadre plus restreint que celui correspondant aux critères d’inclusion de l’essai, bénéficier de ces molécules tant attendues ? Comme si le combat associatif et l’abandon partiel du laboratoire avaient finalement permis de protéger – peut-être – certains malades au détriment – certain – d’autres. Comme si le combat avait quelque peu dépassé sa cible. Espérons que l’Affaire des anti-CCR5, qui n’est point close, ne constituera pas une sorte de "jurisprudence" conduisant la France en tête du combat associatif – mais à la traîne des essais thérapeutiques innovants.

* Infotraitements n°134
** Action n°96