TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
Recherche dans les archives Transcriptases avec google.
Les archives contiennent les articles parus dans les N° 1 à 137.
Les articles des n° 138 et suivants sont publiés sur
www.vih.org


n°116 - juin/juillet 04

 


La Hongrie, une occasion ratée ?

 

Eszter Csernus

Hungarian Civil Liberties Union (Budapest)

 








 

Le dépistage anonyme a toujours été une question un peu équivoque en Hongrie, depuis le premier texte sur les mesures antisida en 1988 jusqu’à nos jours. De 1988 à 1998, le décret n’en soufflait mot: l’anonymité du dépistage n’était ni autorisée, ni interdite, le champ était laissé implicitement libre, et quelques ONG s’étaient spécialisées dans ce domaine. L’amendement de 1998 a supprimé le dépistage anonyme, ou plutôt, pour utiliser les termes employés par le ministère de la Santé de l’époque, le système est devenu "semi-anonyme". Cette invention hongroise signifiait que quiconque pouvait demander un premier test de façon anonyme, mais que si ce test s’avérait être positif, la personne ne pouvait avoir confirmation de son résultat que si elle renonçait à son anonymat et remettait ses coordonnées et celles de ses partenaires sexuels à son médecin. Ces informations étaient utilisées par la suite pour l’identification des partenaires.
En juin 2002, la Cour Constitutionnelle annula le décret, considérant que d’aussi importantes limitations de droits fondamentaux ne pouvaient figurer que dans une loi, adoptée par le Parlement, mais non dans un décret représentant une moindre garantie législative. D’ardents débats firent suite à cette décision, et grâce à la pression notamment du médiateur chargé de la protection des données personnelles, de médecins et de chercheurs spécialisés dans le VIH/sida et de plusieurs ONG, dont l’Union hongroise pour les libertés civiles, le Parlement a fini par inclure le dépistage anonyme comme règle générale dans son amendement à la loi sur la santé. Depuis le premier janvier 2003, accéder à un test VIH anonyme ne devrait donc plus être un problème en Hongrie. Malheureusement, tel n’est pas le cas.
La loi sur la santé stipule certes qu’à moins d’appartenir à un des groupes de personnes dont le dépistage est obligatoire, chacun a le droit d’être testé de façon volontaire et anonyme – mais il appartient à la personne qui se présente au test de demander explicitement l’anonymat. Par ailleurs, si la loi sur la protection des données médicales déclare certes que les cas de VIH doivent être répertoriés de façon anonyme, elle permet néanmoins aussi à l’autorité sanitaire de demander au médecin, si elle le juge nécessaire, les données personnelles de ses patients. Ainsi, le médecin se voit plutôt motivé à encourager le test nominal, pour pouvoir être en règle si jamais on lui demande un supplément d’informations a posteriori.
Outre ces problemes de règles contradictoires, le dépistage anonyme doit faire face à des difficultés pratiques. Début 2004, les journalistes d’un magazine féminin ont testé divers dépistages recommandés à la population (contrôle dentaire, mammographie, etc.), et l’un d’eux s’est presenté au dispensaire de l’autorité sanitaire habilité à effectuer les tests VIH. Il s’est vu proposer un choix entre être testé de façon gratuite, sur la base de sa carte de sécurité sociale, ou avoir un test à 100% anonyme, mais en ayant à payer une somme assez importante. Suite à l’article, le médiateur chargé de la protection des données personnelles a ouvert une enquête, toujours en cours actuellement. Quant à l’Union hongroise pour les libertés civiles, elle a de son côté testé plusieurs centres pour découvrir qu’une circulaire intérieure avait été adressée aux autorités sanitaires locales en la matière qui, par conséquent, ne proposaient plus d’option payante, mais continuaient dans un bon nombre de cas à demander la carte de sécurité sociale.
Cette pratique illégale n’est cependant qu’une des failles du système : ce qui reflète peut-être encore plus l’approche inadéquate des responsables hongrois, c’est l’absence totale de centres de dépistage alternatifs, centres qui pourraient attirer les personnes les plus vulnérables, comme les utilisateurs de drogues par injection, les gays – toujours difficilement acceptés par la majorité de la société, ou encore les jeunes. Mis à part le réseau de l’autorité sanitaire, les dispensaires des centres anti-vénériens, et un hôpital de la capitale, une seule ONG offre conseil et dépistage anonyme et gratuit, même sans carte de sécurité sociale.
Aucun centre alternatif n’existe en province, et le test VIH anonyme ne figure pas non plus au répertoire des programmes de réduction de risques liés à la toxicomanie. Sachant que la Hongrie est voisine de l’Ukraine, qui tente de faire face à une épidémie importante, l’attitude hongroise est plus qu’inconsciente. La Hongrie a à sa disposition toutes les informations pour pouvoir prévenir la spirale qui a déjà happé tant de pays dans la région – mais pour cela, il faudrait qu’elle agisse.