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n°114 - février/mars 04

 


MIGRANTS ET VIH

Richesses et faiblesses du paysage associatif français

 

Abdon Goudjo

Crips (Paris)

 








 

 

La structuration d'un champ associatif spécifique autour du sida et de l'immigration n'a pu se faire dans de bonnes conditions en France. C'est que, pour reprendre les termes de Didier Fassin dans ces colonnes, "à la différence de ce qui s'est passé pour les homosexuels et les hémophiles, qui ont pu défendre dans l'espace public leurs droits et leurs attentes, les immigrés, se sachant peu légitimes, n'ont guère été en mesure de faire valoir les leurs" (voir dans ce numéro "L'immigration n'est plusce qu'elle était").
En effet, comment faire entendre sa voix, quand on n'a pas légitimité de citoyen ? Comment faire entendre sa voix, quand on a peur, pour des raisons plus ou moins objectives, de la stigmatisation et de la discrimination ? Comment faire entendre sa voix, alors que le discours ambiant des autorités publiques ou associatives françaises engagées dans la lutte contre l'infection à VIH/sida en France vise globalement à occulter la situation des migrants face à cette pandémie ? Comment faire entendre sa voix quand, en qualité de migrants/étrangers, on est l'objet d'une instrumentalisation dans les débats électoraux ?

Eclectisme du paysage associatif

Depuis le milieu des années 90, face à l'extension de l'épidémie d'infection à VIH/sida au sein des populations migrantes d'Afrique subsaharienne, d'Haïti et, à une moins grande échelle, du Maghreb, le regard sur la prévention et la prise en charge de ces populations a évolué dans l'ensemble de la collectivité française.
A côté d'une lecture plutôt universaliste de la prévention, de l'incitation au dépistage et à la prise en charge et de l'accompagnement des populations migrantes/étrangères, un regard plus communautaire s'est imposé, pour répondre à des besoins non couverts et/ou pour élargir les choix d'approches méthodologiques s'adressant aux migrants - sans pour autant verser dans un communautarisme sectaire. De nombreux projets ont alors émergé et de nouvelles associations ont vu le jour. Ces projets associatifs ont été développés pour l'essentiel par :
- des associations d'essence communautaire, créées par des personnes ayant vécu pour elles-mêmes ou chez leur proche, dans la famille ou la communauté, des bouleversements liés au VIH/sida. Citons Ikambere (La maison accueillante), l'Apa (African positive association), Afrique Avenir, Bondeko (la fraternité), Ifafe (Initiative des femmes africaines de France et d'Europe), l'Aisfas (Association interculturelle de lutte contre le sida en France et en Afrique subsaharienne), le comité des familles pour survivre au sida (issu de MCS) ;
- des associations socioculturelles de migrants, qui ont ajouté à leur spécificité culturelle une mission sida pour mener des actions de prévention de terrain. Il s'agit de la FTCR (la Fédération des tunisiens pour une coopération des rives), de Migrations santé, des ATF (Associations des Tunisiens de France), de la RIFEN (Rencontre internationale des femmes noires), ou encore de l'URACA (Unité de réflexion et d'action des communautés africaines) ;
- des ONG de développement ou humanitaires, dont l'action s'inclut dans une prise en compte globale du fait migratoire, de sa complexité, et des urgences que génère le risque VIH/sida dans cette situation. Cette approche est portée par l'IMEA (Institut de médecine et d'épidémiologie africaine), le GRDR (Groupe de recherche et de réalisations pour un développement rural), Médecins du monde, ou le COMEDE (Comité médical pour les exilés) ;
- des associations généralistes de lutte contre le sida, qui ont intégré un pôle, une mission ou une référence "migrants" dans leurs objectifs et leurs interventions. Ici nous retrouvons le Crips, Aides, ALS (Association lyonnaise de lutte contre le sida), Sida info service, Arcat, les réseaux ville-hôpital de Mulhouse, d'Orléans, de Suresnes, de Paris Nord, de Poitiers, Saint-Denis, etc., ou encore la SFLS (ex FNCLS), société savante française de lutte contre le sida. Certaines de ces associations se regroupées en collectifs. Citons l'ODSE (l'Observatoire du droit à la santé des étrangers) qui dénonce les difficultés rencontrées par les étrangers dans les domaines de l'accès aux soins et du droit au séjour pour raison médicale ; les membres fondateurs sont Act Up Paris, Aides, Arcat, la Cimade, le Collectif national contre la double peine, le Comede, le Gisti, Médecins du monde, le Mrap, Sida info service ; ils ont été rejoints par l'AFVS (Association des familles victimes du saturnisme), le Catred (Collectif des accidentés du travail et retraités pour l'égalité), la FTCR, Pastt et Solidarité sida ;
- enfin, signalons que des radios communautaires ouvrent régulièrement leur antenne à la problématique du VIH/sida chez les migrants, comme Africa n° 1, Beur FM, Migrants Contre le Sida, Tropic FM...

Des actions en mal d'évaluation

Sur un plan méthodologique, toutes ces associations ou structures ont en commun d'aller au-devant des personnes étrangères ou issues de l'immigration, pour les rencontrer, les écouter, les informer, discuter, puis les inciter à entreprendre une démarche de prévention, de dépistage ou de soin.
En dehors de cette démarche de proximité, les actions de ces associations sont très différentes et il est très difficile de les classer en fonction de leurs modalités d'interventions. Souvent, elles sont réduites, faute de moyens propres et/ou de projets clairs, à répondre à des appels à projets aux cahiers des charges plus ou moins contraignants. Ainsi, à la faveur des Programmes régionaux d'accès à la prévention et au soin (PRAPS), beaucoup d'associations ont été amenées depuis deux ou trois ans à intervenir dans des foyers de travailleurs migrants en matière de VIH/sida, alors que la réalité de l'épidémie en France est plus dans la cité que dans ces foyers aux populations souvent vieillissantes, qui posent d'autres questions de santé publique...
A quand la valorisation de projets comme ceux initiés par Afrique Avenir, par exemple, à destination des lieux festifs (n'gandas, maquis...) et des lieux de vies (salons de coiffures afro...) que fréquentent les populations immigrées les plus exposées au VIH/sida, notamment celles d'Afrique Centrale (Cameroun, les deux Congo, RCA...) ? Un PRAPS s'adressant à tous les migrants quels que soient leurs lieux de résidence permettrait de multiplier ce type d'initiatives et d'en élaborer d'autres.
Malgré la difficulté d'effectuer un classement, on peut schématiquement regrouper trois types d'interventions :
- beaucoup d'associations de migrants ou intervenant auprès d'eux, tels l'ALS, le Crips, Migrations santé ou Médecins d'Afrique conçoivent leurs interventions sur la thématique VIH/sida auprès des migrants en abordant avec ceux-ci de nombreux sujets de la vie quotidienne avant d'arriver à l'évocation du risque VIH, et en respectant toutes les strates sociales qui composent les lieux où ils interviennent. Ces chemins de traverses se sont avérés très utiles avant que ne se disent, puis ne s'élaborent avec les migrants - en particulier subsahariens ou maghrébins - des conduites de prévention, de réduction des risques et des démarches de prise en charge ;
- d'autres structures, comme MCS ou APA, clairement identifiées comme faisant des actions de plaidoyer dans la prévention et la prise en charge des migrants vivant avec le VIH/sida, ont des démarches plus directes ;
- d'autres encore, qui s'inscrivent davantage dans l'accompagnement des patients et dans l'aide à la vie quotidienne, comme Ikambere ou Bondeko, proposent aux personnes migrantes vivant avec le VIH, dans leurs locaux ou lors de permanences à l'hôpital, une aide dans la quête des droits sociaux, une aide à l'observance thérapeutique ou une aide nutritionnelle.
Toutes ces démarches n'ont pas abouti à des résultats significatifs pour infléchir les données épidémiologiques concernant les migrants infectés par le VIH/sida, mais des méthodologies d'approche sont nées. Elles demandent à être consolidées, et évaluées.

Précarité... des financements

Sur un plan logistique, technique et financier, ces différences structures reçoivent à des degrés très divers le soutien des institutions françaises (DGS, Inpes, DRASS, DDASS, CRAM, FASILD, conseils régionaux, conseils généraux ou municipalités...). Avec une mention spéciale pour l'Inpes qui, en plus de ses propres missions, accompagne et met en valeur des initiatives prises par des associations migrantes en matière de prévention. Quelques outils de prévention comme les vidéos (Houria, Moussa le taximan I et II, Doni-doni b'an bela, Vivre positivement...), la bande dessinée Maïmouna, ou encore le calendrier d'Afrique Avenir, montrent l'engagement de cette agence d'Etat sur la communication à destination des migrants.
Cet engagement de l'Inpes ne règle cependant pas la question du soutien financier aux associations dans leurs propres missions de prévention et d'accompagnement auprès des populations migrantes. En réalité, le soutien financier n'intègre que rarement les frais de fonctionnement des structures. Ce manque de cohérence dans les financements alloués, pousse les associations dans une quête d'actions ou d'interventions quelque peu débridées et parfois peu pertinentes.
Ainsi ces associations, qui s'occupent de populations migrantes souvent précaires, se voient-elles proposer une économie de survie associative tout aussi précaire. Doit-on être précaire pour s'occuper des précaires ? Si les grandes associations, comme Aides ou le Crips, parviennent encore à s'adapter - parfois difficilement - aux aléas de ces financements, les petites associations, souvent communautaires, n'ont pas cette latitude. Leur survie est directement en cause. Elles regrettent leurs liens ténus avec les administrations et ressentent douloureusement la modestie et l'absence de pérennité de financements publics qui ne sont pas à la hauteur des enjeux de santé publique. Cette critique se fait aujourd'hui très vive, à l'heure des restrictions budgétaires drastiques qui touchent en priorité ceux qui n'ont pas voix au vote. De cette réalité, les associations de migrants, comme celles qui s'intéressent de manière plus générale à la prévention et à la prise en charge des migrants en France, ne sont dupes. Alors qu'aujourd'hui leur engagement est total, elles s'inquiètent devant les nouvelles dispositions relatives aux conditions de séjour, à l'accès aux droits et au soin des immigrés, jointes aux coupes sombres budgétaires. Et s'interrogent sur la réalité de la volonté politique de s'attaquer à la question de l'épidémie chez les migrants.

Quelques sites Internet

Adri (Agence pour le Développement
des Relations Interculturelles)
www.adri.fr/docs/accueil.html

Afrique Santé
www.afriquesante.com

Cimade
www.cimade.org


ComèdeGisti (Groupe d'Information
et de Soutien des Immigrés)
www.gisti.org/bienvenue/index.html

Crips Ile-de-France
www.vihinternet.org
www.lecrips.net

Ikambere
www.ikambere.org/assoc_az.htm

Inpes
www.inpes.sante.fr

Médecins du Monde
www.medecinsdumonde.org

Migrants contre le sida
www.survivreausida.net

 

Migrations-santé
www.migrations-sante.org

Odse (Observatoire du Droit à la Santé
des Etrangers)
www.odse.eu.org

RFI (Radio France International)
www.rfi.fr

Sida Info Service
www.sida-info-service.org/default.php3

Uraca (Unité de Réflexion et d'Action
des Communautés Africaines)
www.uraca.org

Vei (Ville Ecole Intégration)
www.cndp.fr/vei

G.R.D.R (Groupe de Recherche et de Réalisations
pour le Développement Rural)
Partenariat européen entre acteurs de santé
et communautés africaines
www.euroafripartners.org