TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
Recherche dans les archives Transcriptases avec google.
Les archives contiennent les articles parus dans les N° 1 à 137.
Les articles des n° 138 et suivants sont publiés sur
www.vih.org


n°111 - octobre 03

 


Edito n° 111

 

Brigitte Quenum


 








 

 

80% des enfants devenus orphelins à cause du VIH/sida dans le monde vivent en Afrique subsaharienne. On y observe un nombre croissant d'enfants de la rue, ayant abandonné l'école, livrés à eux-mêmes, à la prostitution, voire à des abus sexuels (lire dans ce numéro une étude sur leur situation sociale menée à Brazzaville). Ces orphelins cohabitent avec ceux issus des conflits armés, contribuant ainsi à définir une nouvelle catégorie, "orphelins/enfants vulnérables/enfants affectés/enfants en difficulté ". Sans oublier ceux qui, s'ils ne sont pas dans la rue, tiennent un rôle d'adolescents soignants, de soutiens de famille et/ou de chefs de ménage.

Il s'agit là du reflet partiel de la situation d'inégalité des femmes (notamment des mères) face à la santé de la reproduction - le risque qu'une femme vivant en Afrique subsaharienne meure pendant la grossesse ou l'accouchement est de 1 sur 6 ; pour les femmes du monde industrialisé, il n'est que de 1 sur 2800 -, face au risque VIH et vis-à-vis de l'accès aux thérapies antirétrovirales en particulier.

Les femmes sont à la fois au centre de la reproduction et au centre de l'épidémie à VIH/sida : elles représentent désormais 58% des adultes vivant avec le VIH en Afrique. Mais sont-elles réellement au centre de la réponse ? Y a-t-il une prévention primaire effective de la transmission sexuelle du VIH chez les femmes en âge de procréer ? Les services de planification familiale sont-ils disponibles pour permettre d'éviter les grossesses non désirées et éviter que l'avortement ne soit utilisé comme contraception ? L'accès universel aux soins de santé maternelle est-il garanti ? Les questions de stigmatisation liée au non-allaitement maternel, la crainte de la discrimination et des conséquences familiales de la divulgation du résultat du test sont-elles intégrées dans les stratégies de réponse face à cette problématique ?

Selon l'Onusida, il y aura d'ici à 2010 environ 25 millions d'enfants orphelins du sida. Toujours selon l'Onusida, il faudrait environ 1 milliard de dollars pour renforcer la prise en charge communautaire des orphelins et faire en sorte qu'ils poursuivent leur scolarité. Parce que deux tiers des pays frappés par le VIH/sida "ne disposent d'aucune stratégie pour assurer que les enfants affectés grandissent avec le strict minimum en matière de protection et de soins", l'Unicef, l'Onusida et des organisations non gouvernementales ont récemment adopté à Genève un cadre stratégique pour la prise en charge et le soutien des orphelins et autres enfants rendus vulnérables par le VIH/sida. Espérons que le succès soit au rendez-vous, dans ce monde où la limite entre le virtuel et le réel est parfois très subtile. On peut faire confiance aux associations pour rester vigilantes et continuer à interpeller les politiques et les institutions internationales.