TranscriptaseRevue critique
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n°109 - juillet-août 03

 


ASSOCIATIONS

La flottille de l'espoir aborde à Kayes, au Mali

 

Mahamadou Abdou Maïga
Mamadou Diong








 

 

L'Association malienne pour la protection et la promotion de la famille (AMPPF) et l'Association malienne pour le développement (AMADE), deux organisations non gouvernementales, opèrent dans divers domaines dont celui de la lutte contre le VIH/sida dans la région de Kayes (prononcer " kaï "), au Mali. A ce titre, les responsables locaux ont effectué un stage de formation en Ile-de-France sur invitation du Crips (centre régional d'information et de prévention du sida). C'est ainsi qu'un protocole de partenariat fut signé entre ces ONG du Sud et celle du Nord.

Echanges d'expériences

En avril 2001, une mission d'échange d'expériences, organisée par le Crips et un Centre de formation pour apprentis parisien (le CFA Grégoire) en collaboration avec l'AMPPF et l'AMADE, a permis aux jeunes apprenties tapissières du CFA non seulement de distribuer du matériel qu'elles avaient conçu (pochettes, agendas, caisses) mais aussi d'instaurer un dialogue fructueux avec les filles du groupement féminin "sinignegi" et les jeunes scolaires sur tous les aspects liés au sida (cibles, vecteurs, prévention, prise en charge, protection, etc.) à travers le formidable outil de communication qu'est "la flottille de l'espoir" (lire Transcriptase Sud no 1). Cet échange a, malgré la différence de cultures, permis aux jeunes du Nord et du Sud de comprendre ensemble que le sida est le même partout et d'échafauder des stratégies de lutte contre la pandémie.

A l'école, des "clubs antisida"

Des relais dans le monde scolaire ont été constitués. Appelés "Clubs antisida", ils ont un plan de travail annuel pour sensibiliser et informer le plus grand nombre de scolaires. Pour obtenir des résultats probants, des pairs éducateurs ont été identifiés : il s'agit de personnes physiques opérant avec efficacité en direction de leurs amis et copains, tous jeunes du même groupe d'âge. Ceux-ci sont à former pour une meilleure maîtrise des techniques de communication.
Point important : comment amener les scolaires à lire la documentation disponible à l'AMPPF et l'AMADE ? Réflexion faite, la stratégie adoptée consiste à orienter les scolaires par leurs pairs vers les structures AMPPF et AMADE puis, plus tard, au niveau de leurs propres bibliothèques qui seront équipées en kits. Pour un meilleur ancrage des activités dans l'enceinte scolaire, la formation de l'administration scolaire et du corps professoral a été envisagée, afin que des informations soient données au moment où les cours sont dispensés.
Exemple des actions menées par ces clubs, la journée de lutte contre le sida organisée en juin 2002 par le club antisida du lycée Dougoukolo Konaré de Kayes au sein de l'établissement, en collaboration avec l'AMPPF et l'AMADE, qui a comporté les volets suivants : conférence, sketchs, débats et musique rap.
La conférence était animée par le docteur Touré, de l'hôpital régional Fousseyni N'Daou de Kayes, et par les deux animatrices de l'AMADE et de l'AMPPF qui, chacun à leur tour, ont fait un exposé sur des aspects cliniques, préventifs et de prise en charge locale liés au sida. Un sketch présenté par la troupe Moussa Mody Sacko a permis à l'auditoire, composé d'élèves et de maîtres, d'être informé à travers des valeurs culturelles ancestrales. Les trois conférenciers se sont ensuite prêtés aux questions de l'auditoire. La journée s'est terminée par la prestation d'un groupe de rappeurs qui ont merveilleusement interprété un morceau intitulé "sida a be yan" (le sida est là), comme pour dire à ceux qui n'y croient pas encore que le danger les guette.

Les actions dans les quartiers

Il existe aussi des clubs dans les quartiers. Le club antisida du Khasso a ainsi, par exemple, organisé une soirée traditionnelle, en collaboration avec l'AMPPF et l'AMADE. Cette soirée a permis d'informer les communautés à la base, d'une part, et d'autre part aux autorités techniques, administratives, politiques et parentales d'exprimer leurs points de vue.
La stratégie des pairs éducateurs est aussi développée dans les quartiers auprès de groupements de jeunes appelés "grins". Les pairs éducateurs qui ont bénéficié de l'expérimentation de la flottille de l'espoir et d'une formation en la matière ont initié des rencontres entre des groupes de jeunes dans les quartiers appelés "grins" afin d'instaurer entre eux des dialogues fructueux sur tous les aspects du sida grâce au précieux outil de communication qu'est la flottille de l'espoir ; il y a eu au moins une rencontre par quartier dans les six quartiers de Kayes pendant le deuxième semestre de l'année 2002.
Dans plusieurs quartiers, des groupes d'animation théâtrale ont galvanisé l'auditoire constitué de personnes de tous âges et de toutes provenances (autochtones, migrants de retour et étrangers) autour des risques du VIH/sida. C'est aussi un lieu privilégié pour les témoignages, les jeux de questions-réponses et la distribution de documents et de préservatifs.
L'enregistrement en cassettes vidéo des manifestations pour les partenaires du Nord est envisagé, cela dans l'objectif d'apporter notre contribution aux associations luttant contre le VIH/sida dans les foyers des migrants maliens. Et la flottille constitue aujourd'hui l'outil à travers lequel beaucoup de scolaires sont senbilisés au risque de la pandémie. Quelques modifications y ont été apportées : le fond est conçu en tissu local "bogolan" et les figurines adaptées au contexte local. Dans cette lutte contre le VIH/sida à Kayes, les adolescents et les jeunes constituent la cible privilégiée.

Perspectives

A la suite d'un second séjour en France, beaucoup de partenaires potentiels ont été répertoriés. Des échanges pourraient avoir lieu entre élèves d'un CFA et des élèves du secondaire de Kayes. Les contacts se poursuivront et un projet au bénéfice des élèves des lycées et des écoles professionnelles en région de Kayes sera élaboré. D'autres actions pourraient éventuellement être envisagées en direction des sites miniers qui, de par leur position géographique et leur démographie, ont une influence sur la commune urbaine de Kayes.