TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
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n°106 - janvier-mars 03

 


" Acceptons de faire le test "

 

Monsieur F.

Malien

 








 

 

"Un jour, j'ai senti que je n'étais plus le même dans ma peau. Et pourtant, je n'avais mal nulle part. Mais quand même je ne me sentais pas dans ma peau. Quelques jours durant, ça a été le même scénario. Fatigue générale et échauffement de tout le corps. En plus, je sentais que je m'affaiblissais.
Je croyais que certainement j'avais le paludisme. Avec les plantes traditionnelles, je soignais ce palu. Durant des mois, voire même un an, ce paludisme partait et revenait. Je devenais encore plus faible qu'avant.
Ne comprenant rien, je suis allé voir un ami docteur qui m'a demandé de faire un test de VIH. J'ai éprouvé un certain malaise avec mon ami docteur ; sans rien lui dire, je ne le voyais plus en ami mais en ennemi.
Je suis allé faire un test mais avec la décision de ne plus jamais venir le voir. Depuis ce jour et cela durant des mois, j'étais persécuté par cette hantise. Surtout avec tout ce qu'on voyait à la télé autour du sida. Je croyais même que la télé s'adressait ainsi à moi avec ses spots publicitaires.
Je me disais ceci : en faisant ce test et si on me disait que je suis séropositif, est-ce que cela voudrait dire que très bientôt je vais mourir ? Je cherchais les éventuelles possibilités par lesquelles j'avais pu attraper cette maladie, si c'était vrai. Cela a duré des mois. Disons que j'avais peur que ce soit vrai et en même temps, je cherchais à me convaincre moi-même que cela ne pouvait se faire.
Le suspense ne me quittais plus.
Jusqu'au jour où j'ai appris que la fille malienne avec laquelle j'avais eu une relation non protégée était morte. Deux mois durant, je n'ai pas dormi. Un jour, j'ai pris le courage de me rassurer en allant faire ce test. Pas chez mon ami docteur, mais dans un autre endroit et dans l'anonymat total.
Quand le résultat a été positif, j'ai cru un moment que la fin de mes jours était arrivée. J'ai d'abord voulu mettre fin à mes jours moi-même au lieu que ce soit par cette maladie si honteuse. Mais, comme une réponse à mes prières en tant que fervent croyant, j'entendais une voix me dire : "C'est une maladie comme les autres, les gens meurent bien de quelque chose. C'est peut-être ce que Dieu t'a réservé."
Et puis à la télé on disait qu'on avait trouvé un médicament. Grâce à l'accueil de mon docteur traitant, qui m'a assuré que dans deux mois j'allais reprendre mes activités comme par le passé, j'ai commencé mon traitement, mais sans conviction.
Actuellement, je mène mes activités professionnelles comme par le passé. A me voir aujourd'hui, personne ne peut savoir que j'ai une telle maladie. Au foyer où je suis, je joue, je parle, je mange, bref, je partage avec moi mon secret. Ce qui est sûr, c'est que peut-être que je ne suis pas le seul dans ce cas au foyer.
Donc, acceptons de faire le test et de se faire soigner tout en gardant pour soi le secret. Aujourd'hui, Dieu merci, il y a des médicaments qui t'aideront à faire le restant de ta vie.
Le sida tue comme toutes autres maladies quand on les cache et qu'on refuse de les soigner. Soignons le sida, dans l'anonymat total. Rien ne vaut la vie et vive la vie !"