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n°106 - janvier-mars 03

 


Une lettre de Christopher Park, chargé d'information au Groupe sida Genève

 

Christopher Park

coordinateur VIH/sida, Dialogai, Genève (Suisse)

 








 

 

J'aimerais amener quelques éléments supplémentaires à la réflexion de Bruno Spire et France Lert au sujet des stratégies de réduction de risque chez les homosexuels parue dans le Transcriptase de septembre 2002, particulièrement leur description de l'initiative d'Aides en la matière.
S'il est réjouissant de voir enfin des experts français faire appel à un élargissement de la panoplie des outils de prévention, au-delà du préservatif en latex, je suis en revanche surpris de lire, après un long exposé quantitatif et qualitatif sur les pratiques sexuelles non protégées chez les hommes gais, que "cette démarche doit être envisagée dans le cadre plus large du développement de la prévention qui propose des alternatives à l'utilisation du préservatif masculin : par exemple, pour les populations hétérosexuelles le préservatif féminin, les microbicides..."
Comme si les hommes gais, population dont la vulnérabilité au VIH est le propos même de l'article, ne pouvaient pas eux aussi bénéficier de ces outils supplémentaires que sont le fémidon et les microbicides recto-vaginaux tant attendus. Ces propos laissent entendre, à mon avis, que les efforts de promotion du préservatif dit féminin (barrière efficace contre la transmission du VIH, à l'encontre de ce que laissent suggérer les auteurs) doivent se concentrer sur les populations hétérosexuelles.
Or, une fois débarrassé de son anneau interne et posé sur le pénis, le fourreau de polyuréthane souple (matière qui conduit bien mieux la chaleur corporelle que le latex et qui procure une sensation d'intimité physique supérieure) offre une protection plus qu'adéquate pour les rapports anaux, trop longtemps ignorée par les "spécialistes de la prévention". Bien des hommes gais, frustrés par le latex mais néanmoins soucieux du safer sex, n'ont pas attendu les évaluations et les études que proposent timidement Bruno Spire et France Lert pour passer à l'utilisation du fémidon pour leurs rapports anaux. Ils constatent que l'ouverture large permet par ailleurs à un pénis en érection incomplète d'être couvert (impossible avec le système "déroulage en chaussette" de la capote ordinaire) pour la pénétration. Le sentiment de ne pas être "à l'étroit" dans un fourreau de caoutchouc et la friction légère des plis du polyuréthane contre le pénis procurent des sensations qu'on décrit anecdotiquement comme plus agréables que rédhibitoires. Le polyuréthane supporte bien les lubrifiants gras, alors que l'usage de latex exclut a priori tout usage de produits huileux. Plus besoin de flipper que les capotes éclatent si on passe à l'acte après une longue et glissante séance de massage...
Enfin, des études signalent déjà qu'après sept cycles de rinçage, lavage et désinfection, la structure de la barrière de polyuréthane du fémidon reste intacte. Avantage considérable pour son emploi pour les femmes économiquement défavorisées.
J'enjoins donc Bruno Spire et France Lert à faire preuve d'un peu plus de curiosité et d'ouverture d'esprit à propos de la façon dont les communautés affectées par le VIH répondent aux défis de la prévention. En Suisse, au Groupe sida Genève, notre secteur Prévention s'est résolument engagé dans la promotion et la mise à disposition aux populations vulnérables et précarisées de fémidons, avec des matériaux éducatifs et des formations ad hoc en complément. Notre proximité aux communautés vulnérables et affectées par le VIH nous permet donc déjà une "offre préventive, dense, diversifiée, appropriable par les individus et les communautés".

Nous remercions Christopher Park de sa lecture analytique et critique de la réflexion éditoriale de France Lert et Bruno Spire concernant les stratégies de réduction des risques chez les homosexuels. Selon notre lecteur attentif, leurs propos "laissent entendre (...) que les efforts de promotion du préservatif dit féminin (...) doivent se concentrer sur les populations hétérosexuelles". Quel dommage que notre lecteur n'ait pas porté son dévolu sur les pages 12-13 du n° 75 de Transcriptase (juin 1999) qui abordaient, sous la plume alerte et experte de Sophie Chamaret, le thème "Préservatif féminin et pénétration anale", et où il était question notamment du préservatif féminin comme outil de prévention dans les rapports anaux chez les hommes. - G.P.

Christopher Park
chargé d'information
Groupe sida Genève
17, rue Pierre-Fatio
CH-1204 Genève

T +41 22 700 15 00
F +41 22 700 15 47

e-mail : christopher.park@groupesida.ch
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