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sur le VIH
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n°104 - automne 02


Prévention gay : pratiques affinées et nouveaux messages

Robin Sappe
Observatoire socio-épidemiologique du sida et des sexualités, Bruxelles








Les conclusions des différentes enquêtes épidémiologiques sur les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) martèlent toutes les mêmes conseils en matière d'intervention : encourager le dépistage précoce et le port du préservatif. Le message reste inchangé. Mais différentes études comportementales viennent apporter quelques pistes de réflexion quant à l'identification de nouvelles pratiques à risque.

Tout d'abord, l'émergence de nouvelles contaminations au sein de cohortes particulièrement vigilantes en matière de règles de prévention a permis de mettre en évidence la pratique du dipping ou "application retardée du préservatif". Il s'agit de deux-trois pénétrations anales non protégées, très furtives, sans éjaculation, intégrées parmi les préliminaires. Le dipping, signifiant littéralement " tremper " ou " mouiller ", n'est pas considéré comme une pratique à risque par ceux qui s'y adonnent, et constitue pourtant une voie de transmission du VIH par la présence du virus dans le liquide séminal. Relevé dans une étude analysant les pratiques sexuelles des HSH séropositifs à New York1 et dans une recherche menée à Toronto parmi des HSH récemment séroconvertis2, le dipping a été identifié comme une pratique courante, parfois associée à l'usage de substances psychoactives, mais nécessitant une attention particulière car elle n'a jusqu'à présent jamais été mentionnée dans les messages de prévention.
Une étude menée en Angleterre et au Pays de Galles3 a apporté un nouvel éclairage sur les accidents de préservatifs, qu'il s'agisse de glissement ou de déchirement. Un des principaux facteurs de rupture, presque aussi fréquent que l'utilisation de salive comme lubrifiant, est la durée du rapport sexuel : lorsque la pénétration anale dure plus d'une demi-heure, le risque de déchirement augmente. D'autres facteurs sont aussi évoqués comme l'application de lubrifiant à l'intérieur du préservatif, le déroulement du préservatif avant son application, l'étroitesse du préservatif et, bien entendu, l'absence ou l'insuffisance de lubrifiant. On peut d'ailleurs noter que l'existence de modèles renforcés ou de tailles différentes pour les préservatifs reste largement ignorée du grand public.
Par ailleurs, si le seul outil de prévention efficace demeure le préservatif associé au lubrifiant, il faut relever l'apparition de nouveaux messages s'appuyant sur la réduction des risques dans les campagnes adressées aux HSH : "Sans capote, mieux vaut se retirer avant d'éjaculer", "u baises sans capote ? Mets au moins du gel !!"... La polémique fait rage dans le milieu associatif français, pourtant la proportion de personnes n'utilisant pas de préservatif est loin d'être marginale : il va donc falloir s'atteler rapidement à imaginer des campagnes qui, tout en sensibilisant ce public, ne diffusent pas de fausses idées dans la population générale.
Quant à l'enquête menée parmi les gays vivant en milieu rural aux Etats-Unis4, elle a permis de confirmer l'importance pour la prévention d'investir les sites de rencontre sur Internet. Fréquentés par des personnes particulièrement isolées et vulnérables, ils constituent souvent le seul espace où il est possible de sensibiliser ce public.
Enfin, il demeure évident que le grand absent de cette conférence, pour tout ce qui touche aux HSH, est une fois de plus l'Afrique noire : pas une session, pas un atelier, pas un poster... Quelques indices pourtant permettent de penser que "ça" existe : la participation de Romeo Tshuma du GALZ (Gays and Lesbians of Zimbabwe), à un atelier sur les champs lexicaux en matière de sexualité, la présence de Scott Bryan Hart, Sud-Africain blanc, sur le stand du réseau international des travailleurs du sexe, et une brochure relatant l'enquête menée à Dakar sur la vulnérabilité des HSH face au sida et IST et présentée par Horizons. Même si les relations sexuelles entre hommes sont interdites dans 29 pays sur le continent, il demeure impératif de se pencher sur la question, non pour remettre en cause la prédominance de la transmission hétérosexuelle du virus, mais par soucis sanitaire et éthique, afin d'ajuster les profils épidémiologiques et d'identifier les voies de transmission du VIH. Le réseau HSH développé en Amérique latine pourrait d'ailleurs servir de modèle efficace pour ce qui reste à faire sur le continent africain.



1 - Hoff C.C.,
"Dipping is a problem among HIV-Positive (HIV+) men who have sex with men (MSM) with HIV-negative (HIV-) and unknown status (HIV ?) partners",
TuOrD1196.
2 - Cavalzara L.,
"Reconsidering condom use : what MSM are saying about delayed application of condom. Results of the Polaris HIV Seroconversion Study",
TuOrD1197.
3 - Hickson F.,
"Behavioural causes of condom failure among gay men",
TuOrD1200.
4 - Rosser B.D.R.,
"Evaluating HIV prevention in rural America : A 13-state comparative study of "successful" and "failing" states in prevention for men who have sex with men (MSM)",
TuOrD1198.