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n°103 - septembre 2002


VIH - GEMELETTE

Etudes virologiques de jumeaux infectés par le VIH-1

Catherine Tamalet
laboratoire de virologie, Hôpital Timone (Marseille)






HIV-1 infection in twin pairs infected at birth
Biggar R.J., Janes M., Pilon R., Roy R., Broadhead R., Kumwenda N., Taha T.E.T., Cassol S.
The Journal of Infectious Diseases, 2002, 186, 281-285

Les études de jumeaux infectés avec comparaison des charges virales et des séquences génétiques du virus sont très rares. Les résultats publiés récemment dans JID n'ont pas montré de différence significative entre jumeaux monozygotes et dizygotes.

La distinction entre les propriétés génétiques d'un virus et les facteurs génétiques et immunologiques de l'hôte intervenant dans la production d'une infection virale est souvent malaisée à établir. Les auteurs ont essayé d'évaluer la part respective des facteurs intrinsèques du virus et des facteurs inhérents à l'hôte dans le développement de l'infection par le VIH-1 en entreprenant une recherche virologique (charge virale, analyse génétique du virus) sur des jumeaux infectés simultanément in utero ou en période périnatale.

Dans une étude publiée dans le Journal of Infectious Diseases, Biggar et coll. ont recensé 351 paires de jumeaux infectés (31%) parmi 1124 paires de jumeaux nés entre 1994 et 1999 à l'hôpital de Blantyre, Malawi. Des prélèvements ont été effectués à la naissance (sang du cordon), à 6, 12, 26, 52 et, pour quelques-uns, jusqu'à 130 semaines après la naissance. Sur cet effectif, 19 paires seulement ont été retenues (5,41%) parce que l'infection in utero ou périnatale simultanée ou quasi-simultanée n'a été jugée probable que dans ces cas, comprenant 9 paires de jumeaux (3 vrais, 6 faux jumeaux) infectés in utero et 10 paires de jumeaux (2 vrais, 8 faux jumeaux) avec une infection périnatale.
L'étude des ces paires a montré que la différence de charge virale dans le sang du cordon entre les vrais et faux jumeaux n'était pas significative. Les mesures de charge virale effectuées à partir de la sixième semaine n'ont pas révélé de différence significative entre vrais ou faux jumeaux d'une même paire, après infection in utero ou périnatale, pendant la durée d'observation.

L'analyse génétique des virus a été effectuée par séquençage de la région C2-C5 du gène env à partir des prélèvements provenant de 12 paires de jumeaux (5 vrais, 7 faux jumeaux) chez lesquels la charge virale moyenne était de 5,4 +/- 0,6 log. Le séquençage n'a pas été réalisable pour 7 autres paires de jumeaux dont la charge virale plasmatique moyenne était de 4,4 +/- 0,7 log.
L'analyse a montré que toutes les séquences obtenues étaient de sous-type C. Sur les premiers prélèvements analysés, les virus infectant chacun des 2 jumeaux étaient dans la plupart des cas génétiquement très proches sinon identiques, sauf pour 2 paires, une de vrais jumeaux, une de faux jumeaux, dont les virus initiaux divergeaient fortement (valeur de bootstrap 39,6% et 51,1% respectivement). Ces 2 cas ont suggéré aux auteurs la possibilité d'une infection de chaque jumeau par une quasi-espèce différente, leur mère ayant plusieurs variants simultanément en circulation. Dans le cas de la transmission maternofoetale chez l'enfant, la majorité des études ont rapporté la transmission à l'enfant d'un variant viral minoritaire présent chez la mère1.
Le séquençage du gène env à partir de prélèvements successifs a révélé dans l'ensemble un faible degré de divergence des variants. Toutefois, plusieurs profils sont possibles aussi bien chez les vrais que chez les faux jumeaux : soit stabilité génétique de la souche virale infectant l'un et l'autre jumeau, soit émergence de variants chez un seul des jumeaux, soit encore divergence génétique des virus infectant les 2 jumeaux.

Le premier enseignement à tirer de cette étude est que les charges virales des vrais et faux jumeaux de chaque paire restent à peu près au même niveau pendant la durée de la période d'observation. En second lieu, une minorité de jumeaux (2 paires dans cette étude) pourraient être infectés in utero ou en période périnatale par des variants différents qui circuleraient simultanément dans l'organisme maternel.
Troisième point, la légère divergence génétique qui se manifeste dans certains cas chez l'un ou l'autre jumeau, vrais ou faux, n'apporte pas d'indication sur une tendance à la plus grande diversification génétique des virus d'un groupe de jumeaux par rapport à un autre.
Cependant, la faiblesse majeure de ce travail est le nombre réduit de cas étudiés, ce qui fragilise la conclusion des auteurs en faveur du rôle mineur des facteurs génétiques de l'hôte2 sur l'évolution du virus infectant.



1 - Wolinsky SM, Wike CM, Korber BT et al.
"Selective transmission of HIV-1 variants from mothers to infants"
Science, 1992, 255, 1134-7
2 - Naif HM, Li S, Alali M et al.
"Definition of the stage of host cell genetic restriction of replication of HIV-1 in human monocytes and monocyte-derived macrophages by using twins"
J Virol, 1999, 73, 4866-81
Biggar RJ, Broadhead R, Cormier M et al.
"Virus levels in newborn African infants undergoing primary HIV-1 infections"
AIDS, 2001, 15, 1311-13