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n°102 - juillet-août 02


VIH - VHC

Diminution des séroconversions professionnelles en France

Françoise Roudot-Thoraval
service de santé publique, Hôpital Henri Mondor (Créteil)






Séroconversions professionnelles par le VIH et le VHC chez le personnel de santé en France, le point au 30 juin 2001
Lot F., Miguéres B., Yazdanpanah Y., Tarantola A., Abiteboul D., Domart M., Bouvet E.
BEH, 2002, 12, 49-5

Quatre ans après l'étude précédente, les résultats de la surveillance des séroconversions VIH ou VHC chez le personnel de santé sont revus à la baisse. Reste à déterminer les raisons de cette diminution.

L'exposition professionnelle est un mode de contamination classique pour les virus transmis par le sang, comme le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et le virus de l'hépatite C (VHC). En 1995, les méta-analyses des études publiées avaient permis d'estimer un risque moyen de transmission soigné-soignant après accident exposant au sang (AES) de 0,32% pour le VIH et 2,1% pour le VHC1.
Toutefois, les différentes études transversales effectuées auprès des personnels de santé2 ont montré que la prévalence d'une sérologie VHC positive n'était pas supérieure à celle estimée dans la population générale (1,15%), suggérant que si la contamination professionnelle existe, elle rend compte d'un nombre extrêmement faible de cas par rapport aux autres modes de contamination. Dans une série de malades atteints d'hépatite chronique C3, une exposition professionnelle était le seul facteur de risque potentiel dans 3% des cas, sans que l'on puisse toutefois affirmer la responsabilité de l'exposition.
Concernant le VIH, aucune étude de séroprévalence n'a été effectuée dans le personnel de santé, ce qui n'est pas surprenant. Finalement, seule une étude prospective des AES avec patients sources positifs ou à risque pour le VHC ou le VIH permet d'évaluer la place de l'exposition professionnelle dans l'épidémie et de montrer les éventuels risques professionnels vis-à-vis des infections virales transmises par le sang.

De part ses missions, l'Institut de veille sanitaire (InVS) participe à la surveillance des épidémies VIH et VHC. En collaboration avec le Geres (Groupe d'étude sur le risque d'exposition des soignants aux agents infectieux), F. Lot, de l'InVS, rapporte dans le BEH une actualisation 2001 des séroconversions professionnelles pour le VIH et le VHC, recensées depuis 1991 à partir des déclarations des médecins du travail des établissements de santé, et complétées par plusieurs autres sources d'information. Le dernier point avait été effectué en 1997 et relevait 13 séroconversions VIH (et 29 infections présumées) et 35 séroconversions VHC.
De 1998 à 2001, aucun nouveau cas de séroconversion VIH n'a été rapporté. Les auteurs rappellent donc les caractéristiques des 13 cas précédents, qui touchent 12 infirmières et un interne : les circonstances de l'accident (13 piqûres, dont 7 évitables), le suivi clinique et sérologique, la prise en charge thérapeutique et le descriptif des 4 cas d'échec de la chimioprophylaxie. Sur la même période 1998-2001, 8 nouveaux cas de séroconversion VHC ont été rapportés, soit une incidence près de 4 fois plus faible que dans les quatre années précédentes. Cependant, le type de personnel touché, les circonstances de l'accident et son caractère évitable dans la moitié des cas ne semblent pas avoir évolué avec le temps.

Les résultats de cette surveillance sont encourageants, suggérant une nette diminution des nouveaux cas de séroconversion VIH et VHC dans le personnel de santé ces 4 dernières années. Quelles sont les hypothèses d'explication ? Il pourrait s'agir d'une fausse diminution en rapport avec une sous-déclaration des cas de séroconversion ; le système de surveillance est toutefois bien rôdé, utilisant la même méthodologie depuis le début, même s'il ne garantit pas l'exhaustivité du recueil. Il s'agit donc plus probablement d'une réelle diminution des cas de contamination professionnelle par le VIH et le VHC.
En 1998 et 1999, plusieurs circulaires DGS-DH ont émis des recommandations, visant toutes à une meilleure prévention et une meilleure prise en charge des AES avec risque de transmission d'agents infectieux. Elles comportent plusieurs volets : 1) rappel des précautions générales d'hygiène, notamment utilisation d'un matériel adapté, port de gants et de lunettes pour tout acte à risque ; 2) conduite à tenir pour un nettoyage efficace de la plaie ou des muqueuses souillées ; 3) déclaration de l'accident, recherche du statut sérologique du patient source et suivi sérologique des personnes, pour connaître leur statut viral au moment de l'AES et surveiller l'éventuelle apparition d'une séroconversion ; proposition d'une chimioprophylaxie anti-VIH en fonction du niveau d'exposition et de risque. Ces circulaires ont été relayées par les services de médecine du travail des établissements, ainsi que par les référents médicaux pour le VIH et les virus des hépatites.
Il est probable que ce dispositif a permis une meilleure sensibilisation du personnel à la prévention des AES par respect des précautions standard d'hygiène. La pratique plus systématique d'une désinfection rapide et adéquate des plaies participe très probablement à la diminution du risque de contamination après accident. De même la proposition éventuelle, par le médecin référent, d'une chimioprophylaxie adaptée au niveau de risque et en fonction du patient source, a pu éviter des contaminations. Enfin, la diminution du nombre de malades hospitalisés pour infection à VIH et la modification de leurs caractéristiques, notamment vers une plus faible charge virale4, peuvent rendre compte de la diminution de la contamination professionnelle.

Pour étayer ces hypothèses, il serait important de connaître le nombre d'AES déclarés avec patients sources positifs (ou à risque) pour le VIH ou le VHC et leur descriptif. Ces statistiques existent au niveau de chaque établissement de soins, mais aucun système de recueil centralisé des données n'est organisé. Nous ne disposons donc malheureusement pas de cette donnée, qui nous permettrait d'évaluer l'impact des recommandations sur la prévention des AES, mais aussi d'estimer le risque actuel de contamination après accident, en fonction de l'agent infectieux en cause, du type d'accident, de la qualité de la désinfection et de l'existence ou non d'une chimioprophylaxie bien suivie.
Nous ne pouvons donc, pour l'instant, que rappeler l'importance d'une bonne prévention des AES, du respect des différentes recommandations pour la prise en charge et le suivi de ces accidents, et espérer que l'important travail conduit par l'InVS puisse être associé à un véritable travail épidémiologique sur les AES en France.



1 - Anonyme
"Circulaire sur la prévention de la transmission des agents infectieux véhiculés par le sang ou les autres liquides biologiques lors des soins"
(Circulaire DGS-DH n° 98/249 du 20 avril 1998)
BEH, 1998, 25, 123-5
2 - Jaltel F, Systchenko B, Prost G
"Prévalence des marqueurs sérologiques de l'hépatite C parmi le personnel infirmier des hospices civils de Lyon"
BEH, 1999, 28, 118-9
3 - Roudot-Thoraval F, Bastie A, Pawlotsky JM et al.
"Epidemiological factors affecting the severity of hepatitis C virus-related liver disease : a french survey of 6664 patients"
Hepatology, 1997, 26, 485-90
4 - Ministère de l'emploi et de la solidarité
Sida et hépatite C, les chiffres clés
Médecine-Sciences, Flammarion, 2000