TranscriptaseRevue critique
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sur le VIH
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n°101 - juin 2002


Edito n°101

France Lert
Inserm U88
Yves Souteyrand
ANRS (Paris)








La sexualité -comme les temps- change ! la prévention se relâche et les prises de risque s'accroissent. Tels sont en première lecture les enseignements de la nouvelle enquête britannique sur l'évolution, entre 1990 et 2000, des comportements sexuels tels qu'observés outre-Manche (lire l'analyse de Nathalie Bajos dans ce numéro).
Si la sexualité change, c'est que les rapports se font plus précoces, avec plus de partenaires, plus de relations simultanées, plus de relations homosexuelles, et plus de pratiques oro-génitales. Ces changements s'avèrent plus marqués chez les femmes, et les écarts entre hommes et femmes quant aux comportements sexuels déclarés se réduisent sensiblement. Une telle évolution témoigne bien sûr de changements réels, mais également d'une évolution des normes et des attitudes vis-à-vis de la sexualité, qui permet une expression (oro-orale ?), une déclaration dans l'étude, plus libre des femmes sur leur sexualité comme sur la place qu'elle tient dans leur vie. Où comment la parole se libèrerait parallèlement à la sexualité.
La prévention se relâche et les risques s'accroissent :
chez les multipartenaires, on constate ainsi une moindre utilisation du préservatif, et, in fine, plus de MST.
Ainsi, les évolutions en matière de comportements et de prévention seraient similaires, chez les hétérosexuels, à celles déjà constatées, de manière encore plus marquée, chez les homosexuels. Une telle cohérence invite néanmoins à une réflexion plus large sur les changements, et sur les significations de la sexualité dans les sociétés européennes.
Quinze ans de sida, de menaces et d'ombres planant sur la sexualité n'ont pas réprimé les puissants changements liés au statut des femmes et aux transformations de la vie de couple. Entre des hommes et des femmes moins (mais encore trop ! ?) inégaux dans la sexualité. Entre des individus de moins en moins liés par le mariage ou le tissu familial. Ce sont là à l'évidence de nouvelles normes sexuelles qui ont été générées, mais c'est également une distance plus grande prise avec la prévention qui est observée.
Ces résultats rassurent en ce sens que la sexualité apparaît comme facteur d'émancipation. Elle en est aussi le produit. Ces résultats inquiètent car l'érosion de la prévention est associée à ces changements "libérateurs". Enfin, en France, ces résultats intriguent. Alors qu'au début des années 1990, Français et Britanniques déclaraient des comportements sexuels très similaires, les enquêtes KABP (knowledge, attitude, belief, practice) réalisées en France par la suite ont montré, contrairement à l'enquête anglaise, une diminution du nombre de partenaires.
La réalisation, programmée par l'ANRS, d'une nouvelle enquête française sur les comportements sexuels de nos concitoyens et leurs significations devra embrasser un champ très large, prenant en compte les représentations et la perception des risques associés à la sexualité, mais aussi les changements sociétaux et culturels.