TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
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n°100 - avril-mai 2002


Du non-intérêt des centres entièrement consacrés au sida

Jean-Pierre Coulaud
IMEA, département de santé tropicale, Hôpital Bichat-Claude-Bernard (Paris)








Quand on m'a demandé en 1991 mon avis sur la création de centres spécialisés, véritables établissements isolés pour la prise en charge exclusive des infections à VIH/sida, ma réponse a été immédiatement négative. Tout d'abord parce que je n'en voyais pas clairement l'intérêt à partir du moment où un service ou un département d'un hôpital public ou privé peut bénéficier d'un environnement favorable pour la distribution des médicaments et la réalisation des examens virologiques spécifiques, et plus généralement d'un plateau technique de qualité. Par ailleurs, existait une note affective puisque cette proposition de création survenait à une époque ou certains politiques d'extrême droite et d'extrême gauche souhaitaient de par le monde enfermer les malades infectés dans un ghetto.
Qu'en est-il dix ans plus tard ?

Il est clair que, depuis la révolution thérapeutique de 1996, les besoins de lits en hospitalisation classique, et même en hospitalisation de jour, ont franchement diminué et que créer des centres avec de nouveaux lits ne se conçoit plus. En effet, dans la grande majorité des cas, les problèmes médicaux sont abordés lors des consultations que l'on peut qualifier de spécialisées parce qu'elles sont faites par des médecins qui, quelle que soit leur spécialité d'origine, ont acquis une compétence liée à l'expérience. Il est évident que ces consultations doivent bénéficier de la présence active de travailleurs sociaux et de personnes susceptibles d'apporter un soutien moral et psychologique. Il faut y ajouter la nécessité absolue d'un personnel infirmier motivé et sensibilisé à la maladie constituant le lien entre les malades et les intervenants, dans le domaine clinique, ou pour le soutien psychologique.

Une équipe soudée et motivée est effectivement la condition indispensable à la création et à la persistance d'un service que l'on pourra baptiser "spécialisé" parce que les malades eux-mêmes lui auront décerné ce label. Il peut être autonomisé dans un grand hôpital ou être une unité d'un département de médecine interne, de maladies infectieuses, ou d'immuno-hématologie, mais n'a aucune raison d'être isolé dans un établissement totalement dédié au VIH/sida.

Prendre en charge les malades est la première des obligations, mais il ne faut pas oublier la recherche clinique, qui ne nécessite pas non plus un ghetto spécialisé à partir du moment où sont présents un nombre suffisant de cliniciens, de moniteurs d'études cliniques et de techniciens d'études cliniques, pour collecter les données, et les fournir aux organismes centralisateurs qui peuvent être les différents CISIH, mais aussi les services communs de l'Inserm (SC4 ou SC10) ainsi que d'autres organismes comme la Fédération nationale de lutte contre le sida ou l'Association des professeurs de pathologie infectieuse (APPIT). Il me semble que ces différentes structures sont suffisamment efficaces pour assurer une production raisonnable de communications orales et de posters dans les congrès internationaux.

Au total, la prise en charge des malades est de plus en plus ambulatoire, tant à l'hôpital qu'en ville (avec souvent une bonne coopération entre les deux secteurs) et seuls les malades échappant à l'efficacité du traitement doivent être hospitalisés, de préférence dans une unité où l'on a acquis une compétence liée à l'expérience des praticiens et à une file active suffisante. Je ne vois pas plus qu'en 1991 quelle catégorie de malades pourrait souhaiter ou même seulement accepter d'être suivie dans un établissement réservé aux victimes de l'infection à VIH.

On ne peut même plus tirer argument d'un rejet possible du reste de l'hôpital, puisque le VIH/sida s'est progressivement "banalisé" au sein des milieux de soins.