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n°100 - avril-mai 2002


Renforcer les structures existantes

Jean-Pierre Coulaud
chef de service à l'hôpital Bichat-Claude-Bernard (Paris)






Is it time for a comprehensive AIDS medical center ?
Ezekiel J. Emanuel, David S. Wein
The Americain Journal of Medicine, 1991, 91, 74-78

Deux arguments vont à l'encontre de la création d'un hôpital dévolu au sida : le refus probable des malades, souvent rejetés par ailleurs, et la capacité, en France tout au moins, du système hospitalier existant de prendre en charge patients, recherche et formation.

Ce plaidoyer habilement présenté pour un hôpital strictement dévolu au sida part d'un échec net, la tentative de créer et d'animer un tel hôpital à Houston (Texas) qui, selon le souhait des promoteurs, devrait faire des petits aux USA, mais aussi en Europe dans les pays les plus touchés par l'épidémie. Mais les auteurs de l'article glissent rapidement sur cet échec pour insister sur le fait que les temps ont changé, que les mentalités ont évolué, et qu'en aucune façon un tel hôpital ne serait considéré aujourd'hui comme un sidatorium, pour reprendre la terminologie médicale et politique française.

Il faut signaler que d'autres pays ont eu la même idée, jusqu'en Haïti où certains responsables de la santé voulaient transformer un hôtel déserté par les touristes en hôpital pour sidéens. L'OMS s'y est très clairement opposée et a refusé ses subsides. Pour notre part, créer un hôpital du sida "à la Houston" ou "à la Le Pen" nous est toujours apparu comme parfaitement négatif.

L'un des arguments majeurs des auteurs est la similitude avec les nombreux hôpitaux spécialisés pour la prise en charge des cancéreux. Similitude qui demeure cependant lointaine, puisque le cancer est déjà une pathologie "banalisée" qui n'est pas systématiquement mortelle. L'acceptation d'être soigné dans un hôpital de sidéens est fort improbable de la part de malades qui, en France comme ailleurs, continuent d'être rejetés des milieux familial, amical et professionnel. Cependant, les auteurs soulignent que la population générale, apprenant la création d'un tel hôpital, prendrait enfin conscience de la réalité et de l'importance du problème. C'est un argument un peu simple.

Quelles seraient les activités de cet hôpital ? Soigner des malades, les conseiller, les aider, former les soignants et assurer la recherche. Ce serait donc un hôpital de référence.

On peut considérer que nous avons en France avec les nombreux CISIH (Centres d'information et de soins des malades VIH) de province et ceux de l'Assistance publique de Paris, regroupés au sein du CITRAS, une force de frappe suffisante pour prendre en charge les malades, coordonner les activités de recherche clinique, former le personnel hospitalier et animer les réseaux de médecins de ville qui se sont multipliés autour de ces CISIH. Il me semble en effet qu'à partir des regroupements de services existants en CISIH, avec ou sans création de nouvelles structures biocliniques, nous pouvons faire face. Paris vaut bien Houston !

De plus, l'ensemble de ces centres et leur coordination permettent d'atteindre la masse critique de malades fournissant les données cliniques et épidémiologiques que souhaitent les auteurs. Nous refusons actuellement des patients qui sont transférés dans d'autres services ; faut-il créer des services de 80 lits entièrement occupés par des patients séropositifs ? Personne n'a encore réellement la réponse. Dans le contexte actuel, quelles infirmières accepteraient d'intégrer de tels centres ?

Il ne nous semble donc pas nécessaire d'envisager à court terme la création d'un tel hôpital. Mieux vaudrait en fait renforcer les structures existantes, où le personnel est parfois débordé, et favoriser, ce qui commence à se faire, les réseaux ville-hôpital de suivi des malades.