TranscriptaseRevue critique
de l'actualité scientifique internationale
sur le VIH
et les virus des hépatites

   
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n°100 - avril-mai 2002


Un effort collectif

William Dab
Chaire "Hygiène et sécurité", Conservatoire national des arts et métiers (Paris)








Transcriptase a dix ans. Même si mon parcours professionnel m'a éloigné des combats du sida pour aller vers ceux de la sécurité sanitaire au sens large, je me sens porté à témoigner pour que les "jeunes" lecteurs se rendent compte de l'immensité du chemin parcouru et trouvent la motivation de poursuivre la lutte.
Il y a exactement vingt ans, un virus a profité de l'évolution des modes de vie et de transports pour créer une nouvelle épidémie. L'épidémiologie américaine était prête à la détecter et elle l'a fait avec son efficacité habituelle. Mais en France, la reconnaissance même du sida fut une œuvre militante autant que scientifique. C'est à l'Institut Pasteur que le virus a été identifié mais dans notre pays, d'emblée le plus touché d'Europe, la mise en place de chacune des mesures de prévention et de prise en charge a fait l'objet de batailles.

C'est une constance en France : les institutions publiques peinent à s'adapter quand il s'agit d'innover pour faire face à une situation inédite. Rappelons-nous que Pasteur, qui était un notable, ancien doyen, membre des académies de médecine et des sciences, ce qui n'est pas banal, a dû créer un institut privé pour obtenir les conditions permettant à la microbiologie de prendre son plein essor. Son analyse était que l'Université ne le permettrait pas.
Mais le génie de notre pays réside dans le fait que les défaites suscitent toujours un sursaut salvateur. Chaque fois que l'État défaille, l'initiative privée vient relever le défi. Le sida fut une défaite (de plus) pour la santé publique française mais il a en même temps créé les conditions de son renouveau. Si plus personne n'ose poser la question "à quoi sert la santé publique ?", c'est à tous ceux qui se sont investis pour refuser la fatalité du sida que nous le devons en grande partie.
Transcriptase fait partie de ce sursaut, de cette volonté de ne jamais renoncer. Volonté de mettre à la disposition des praticiens dans les meilleurs délais les principales avancées scientifiques ; de transmettre des connaissances avec l'appui financier des industriels et des pouvoirs publics sans pour autant devenir leur porte-parole ; d'expliciter des enjeux complexes face à des slogans si simples en apparence (que l'on se rappelle que les tenants de l'obligation du dépistage ont cru pouvoir l'emporter...) ; d'analyser les publications scientifiques de façon pluridisciplinaire, alliant des compétences étendues de la biologie la plus fondamentale aux sciences humaines les plus appliquées. Jusqu'à la maquette et au graphisme pensés pour créer de nouvelles habitudes de lecture.

Il y a dix ans, les réseaux balbutiaient encore, qu'il s'agisse des réseaux électroniques ou des réseaux ville-hôpital. Chacun, malade, médecin ou chercheur, était seul face au sida et, sans le secteur associatif, rien n'aurait changé. Transcriptase est un maillon de la chaîne qui permet de rompre l'isolement et d'offrir aux malades le meilleur de ce que la recherche peut leur apporter. Trancriptase a démontré que l'information scientifique et technique était une véritable ressource dans le système de santé, au même titre qu'un lit d'hôpital, qu'un médicament ou qu'un appareil d'imagerie médicale.
Les succès thérapeutiques et ceux de la prévention ont permis d'endiguer l'épidémie. Mais aucune victoire ni aucune défaite ne suffisent à elles seules à gagner ou perdre une guerre. Face aux multiples risques que notre société sécrète sans cesse, Transcriptase reste le modèle de ce qu'il faut faire : conjuguer les disciplines scientifiques, susciter un effort collectif, parier sur la rigueur, la transparence et la compétence, développer des mécanismes organisés de veille sanitaire. Si nul n'est censé ignorer la loi, nul n'est fondé à faire fi des connaissances. Chaque acteur, à la place qui est la sienne,doit faire cet effort permanent pour améliorer sa performance, sa qualité. C'est à ce prix que la santé, la sécurité et la démocratie progresseront.